Bronislaw Geremek vient de nous quitter. Cette figure, symbole de courage, volonté et détermination pour lutter contre tous les totalitarismes, arbitraires et injustices, restera gravée dans nos mémoires. Nous nous souvenons qu’en 1981-1982, Solidarnosc, dont il était l’un des fondateurs et animateurs, a été le fer de lance du combat du peuple polonais contre le joug communiste. Lors de sa venue en France, avec Lech Walesa, des rencontres avec notre organisation avaient permis de nouer des liens indéfectibles.
Si nous avons la chance de vivre en démocratie en France, nous devons avoir présent à l’esprit que la démocratie s’entretient à l’aune du débat permanent pouvoir/contre-pouvoir. Le syndicalisme est un contre-pouvoir qui ne sortira pas renforcé par la loi dite de modernisation de la démocratie sociale. Le critère d’audience, qui devient prépondérant, est censé asseoir la légitimité des acteurs syndicaux sur le vote des salariés. Or, rien dans le texte adopté par les députés, en dehors d’un renvoi à des jours meilleurs - une négociation en 2009 - ne précise comment les salariés des PME auront la possibilité de s’exprimer au travers d’élections professionnelles. La situation actuelle, où des millions de salariés ne votent pas et n’ont pas d’instances représentatives du personnel ni de syndicats pour les défendre et les représenter, risque de perdurer. C’est dans ce contexte que le volet temps de travail vient placer ces salariés un peu plus seuls face à leur employeur !
Nous connaissons le rapport déplorable qui s’est installé dans la chaîne des valeurs entre les grandes et les petites entreprises. Ces dernières sont les fournisseurs et sous-traitants des grands donneurs d’ordre qui leur mettent sans cesse la pression pour baisser les prix. Et ceci dans une conjoncture défavorable où parité euro/dollar ou hausses continues des matières premières et de l’énergie font du salarié la seule variable d’ajustement pour rester compétitifs.
Comment le salarié et pas seulement le cadre pourra-t-il refuser à son employeur de signer un contrat de forfait de 235 jours ? Finis les RTT, congés supplémentaires, jours fériés en dehors du 1er mai ! Finies vie de famille et préservation de la santé ! Face à cette offensive des tenants de l’ultra-libéralisme qui n’en sont plus à enterrer les 35 heures mais à vouloir que l’on travaille toujours plus sans gagner beaucoup plus. Car, autre inégalité par rapport aux salariés en décompte horaire, la loi prévoit que les jours travaillés au-delà de 218 jours seront majorés d’au moins 10 % quand les heures supplémentaires le sont à 25 % !
Il est temps que nos collègues, qui, même avec des contrats à 210, 212 ou 214 jours travaillent largement plus de 2 000 heures par an, comprennent qu’il nous faut créer les conditions pour faire entendre collectivement notre voix. Avec la CFE-CGC, nous devons mettre en place les outils qui permettent à chacun de se faire respecter et travailler avec de justes contreparties et des garanties qui nous évitent de revenir au début du XXe siècle. Ce sera le grand rendez-vous de la rentrée pour, qu’ensemble, nous agissions au service de l’intérêt commun.
D’ici là, je vous souhaite d’excellentes vacances et un bon repos bien mérité. La rentrée sera décisive pour qu’une vraie démocratie sociale, digne d’un pays moderne, accompagne les nécessaires progrès qui profitent à tous.