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20/04/2017 • Toutes les actualités

Les réponses du candidat Emmanuel Macron aux questions de la CFE-CGC

Et de trois ! Après Nathalie Arthaud et François Fillon, c’est au tour d'Emmanuel Macron de nous adresser ses réponses aux sept questions posées par la CFE-CGC aux candidats à l’élection présidentielle 2017.  

Nous publions ci-dessous le texte intégral envoyé par le fondateur du mouvement En Marche !

QUESTION 1 : Comment réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays ?

Emmanuel MACRON : Notre projet vise à mettre notre économie au service de l’emploi et du pouvoir d’achat des Français. Il est aussi celui du travail comme moyen d’émancipation de nos concitoyens.

Cinq axes guideront donc notre action pour réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays.

Certains développements du capitalisme financier ont conduit à privilégier les intérêts à court terme des actionnaires volatils aux stratégies de long terme. C’est une folie économique, mais c’est surtout un suicide industriel et cela conduit donc à des pertes d’emploi.

D’abord, pour réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général de notre pays, il faudra construire un environnement économique et financier propice, retrouver le sens du long terme, financer l’économie réelle, réindustrialiser notre pays. C’est l’essence de notre projet pour l’industrie.

Il nous faut ensuite renouer avec les fondamentaux de l’économie de marché, qui restent trop oubliés en France : le profit doit être une juste récompense du risque pris. A ce titre, nous rappelons notre engagement clair dans la lutte contre la rente et contre les monopoles. La loi pour la croissance et l’activité a permis de s’y attaquer – par exemple au travers du développement du transport en autocar, de l’autorisation du prêt inter-entreprises (contre le monopole bancaire). Notre proposition de remboursement intégral des lunettes, des prothèses dentaires et des appareils auditifs se fera aussi grâce à une mise en concurrence plus importante entre les mutuelles.

Réconcilier l’économie de marché avec l’intérêt général, c’est aussi renforcer les protections des Français dans un environnement de mutations rapides où la capacité d’adaptation est clef. A cette fin, notre priorité sera la formation.

• Pour ceux qui sont déjà sur le marché du travail, nous irons beaucoup plus loin que les plans gouvernementaux successifs qui ont envoyé des dizaines de milliers de chômeurs dans des formations dont la qualité devra être évaluée. Nous prévoyons un plan d’investissement massif dès le début du mandat pour proposer, sur trois ans, à un million des demandeurs peu ou pas qualifiés, des formations débouchant sur des qualifications menant à l’emploi.

• De même, ce plan d’investissement s’attaquera à la lutte contre les conséquences du décrochage scolaire, avec notamment la formation d’un million de jeunes peu qualifiés éloignés

de l’emploi et l’extension de la garantie jeunes qui a fait ses preuves pour aider des jeunes en difficulté à trouver une formation ou un emploi et s’insérer durablement dans la vie professionnelle.

• Quant aux salariés peu qualifiés, la réforme d’ampleur du CPA leur donnera de véritables moyens pour accéder à un accompagnement et une formation de qualité, librement choisis. Ils ne seront plus tributaires d’un écheveau complexe d’acteurs et de circuits financiers.

Enfin, nous soutiendrons le développement de l’économie sociale et solidaire où l’efficacité économique et les finalités sociales et sociétales se retrouvent dans un seul et même projet entrepreneurial. Nous le ferons à travers trois axes.

1 - Libérer l’énergie des entreprises de l’ESS, en veillant à ce qu’elles profitent des dispositifs de droit commun. La transformation du CICE et du CTIS en allègements de charges sera une première concrétisation de cet objectif. Nous mobiliserons aussi la commande publique et en faciliterons l’accès à l’ESS dans une logique d’État exemplaire et responsable. Enfin, nous maintiendrons les avantages fiscaux du mécénat sur la durée du quinquennat.

2 - Encourager l’innovation sociale, par exemple avec la création d’un Accélérateur national d’innovation sociale, axé sur les grands défis de notre société, finançant à hauteur de plusieurs centaines de millions d’euros par an des solutions innovantes.

3 - Encourager la finance solidaire, en obligeant les assureurs à proposer au sein des contrats multi-supports au moins une unité de compte solidaire.

 

QUESTION 2 :  Le relèvement de l’âge d’ouverture des droits à la retraite est fréquemment évoqué comme mesure pour restaurer et pérenniser l’équilibre de nos régimes de retraite. Considérez-vous cette mesure comme pertinente ? Proposez-vous d’autres mesures permettant d’atteindre le même objectif ?

Emmanuel MACRON : En matière de retraites, nous engagerons une réforme systémique, qui vise à mettre en place un système universel de retraite, tout en restant par répartition. L’âge légal restera à 62 ans pendant le quinquennat, car la situation financière de nos régimes de retraite, grâce aux réformes passées, est aujourd’hui proche de l’équilibre et ne justifie pas de nouveaux efforts dans l’immédiat. L’enjeu, en revanche, est de rétablir la confiance des plus jeunes et d’unifier les règles. C’est pourquoi il est important d’aller vers un système où les règles soient plus simples et les mêmes pour tous, tout en conservant bien sûr la part de solidarité pour ceux qui n’acquièrent pas assez de droits par leur travail, pour les chômeurs ou les personnes qui ont élevé des enfants par exemple, ou encore ceux qui ont commencé jeunes ou ont eu des métiers pénibles.

 

QUESTION 3 :  Pouvons-nous, en France, tirer profit de la 4e révolution industrielle sans l’expression des intérêts convergents et contradictoires issue de l’exercice du dialogue social ?

Emmanuel MACRON : Les innovations majeures, comme l’accélération de la robotisation aujourd’hui ou l’invention de la machine à vapeur hier, bouleversent l’organisation de l’économie. Un certain nombre de rapports récents (France Stratégie, OCDE) ont mis en évidence les risques mais aussi les potentialités que recèlent ces évolutions. Cela fait inévitablement des perdants à court terme, qui peuvent, par exemple, perdre leur emploi si leur tâche est fortement automatisable.

La responsabilité de la puissance publique n’est pas d’empêcher ces mutations, mais de les accompagner ; le but étant de protéger les personnes et non les emplois. Cela devra s’effectuer par une refonte de notre système de formation continue et par le soutien à la mobilité pour faciliter les transitions professionnelles. Cela doit également conduire à une meilleure prise en compte des modifications qu’engendre le numérique sur les conditions de travail.

Les organisations syndicales, par leur rôle central dans la vie quotidienne des salariés et leur connaissance de la réalité du terrain, seront étroitement associées à ces réformes. De ce fait, nous

souhaitons donner plus de place à la négociation de branche et d’entreprise en repensant, dans la concertation avec les partenaires sociaux, ce qui ressort des normes impératives et des normes

supplétives de notre droit du travail. Ce développement de la négociation collective au plus près du terrain va de pair avec un renforcement des partenaires sociaux dans les entreprises et dans les branches.

 

QUESTION 4 :  Quel avenir pour le statut de la Fonction publique, en y intégrant les contractuels de plus en plus nombreux dans le périmètre du secteur public ?

Emmanuel MACRON : Nous ne remettrons pas en cause le statut de la fonction publique mais voulons nous attaquer à ses rigidités.

Nous souhaitons ouvrir le service public par le recrutement sur contrat dans certaines fonctions, notamment d’encadrement et d’expertise, pour attirer des professionnels d’expérience et d’horizons variés, issus de l’entreprise ou du secteur associatif. Nous ne doutons pas une seconde de la qualité de celles et ceux qui servent la sphère publique, mais celle-ci a besoin de s’ouvrir à d’autres talents et d’autres expériences. Les organisations inventives sont celles qui savent accueillir en leur sein des hommes et des femmes dont les parcours et les regards sont divers.

Nous souhaitons également donner davantage de souplesse aux parcours dans la fonction publique en développant les passerelles au sein de filières professionnelles, y compris au niveau inter-fonctions publiques, en redonnant des perspectives d’évolution de carrière à tous et en réorientant la politique de rémunération ? de manière à ce qu’elle soit davantage un levier de politique de ressources humaines, adapté à nos besoins d’attractivité, de fidélisation mais aussi de reconnaissance plus juste des mérites des agents.

 

QUESTION 5 - Comment construire un droit à la formation spécifique pour la population « encadrants et experts » ?

Emmanuel MACRON : Le système de formation doit être entièrement réformé. A l’heure actuelle, l’accès à la formation est un parcours d’obstacles, et les choix sont souvent limités à des listes de formations qui ne correspondent pas toujours aux aspirations individuelles, ni aux besoins du marché du travail. On ne connaît pas la qualité ni les débouchés des formations proposées.

Pour cela, la majeure partie des contributions actuelles des entreprises pour la formation sera progressivement convertie en droits individuels pour les actifs. Chacun pourra s’adresser directement aux prestataires de formation, selon ses besoins. Le système sera simple.

Chacun disposera d’une information complète sur les résultats concrets de chaque formation en termes de qualité et de retours à l’emploi, car tous les organismes seront obligés de se soumettre à une labellisation et d’afficher leurs performances : plus personne ne s’engagera dans une formation sans savoir à quoi elle mène ni quelle est sa qualité. Le système sera transparent.

Les encadrants et experts bénéficieront directement de cette personnalisation de la formation professionnelle. Bien évidemment, il faudra aussi qu’une part plus grande des ressources de la formation professionnelle serve à la formation des salariés peu qualifiés, qui en bénéficient peu aujourd’hui. Mais dans la mesure où le système sera plus efficace et plus transparent, les cadres y gagneront aussi.

 

QUESTION 6 : Quelle est votre position concernant le principe de « conditionnalité sociale » dans les accords de libre-échange ? Que pensez-vous de l’élévation du Socle social européen comme levier pour favoriser l’adhésion au projet européen ?

Emmanuel MACRON : Le développement du libre-échange à l’échelle mondiale doit être mieux régulé, mais l’ouverture économique doit être poursuivie. Nous serons notamment très attentifs, dans le cadre des négociations internationales, aux conditions de réciprocité et à la protection contre le dumping social et environnemental. Comme ministre, j’ai par exemple oeuvré pour un renforcement des mesures européennes contre le dumping chinois et russe dans le secteur de l’acier. Des résultats clairs ont été obtenus (accroissement du nombre de procédures anti-dumping, augmentation du niveau des droits à environ 20%, collecte rétroactive de ces droits, changement de la méthode de calcul des droits antidumping pour se rapprocher de la méthode américaine plus protectrice et accélération des procédures).

Nous partageons l’ambition de convergence économique portée dans le « Rapport des 5 Présidents » de juin 2015, notamment lorsqu’ils appellent à une convergence macro-économique plus rigoureuse des États membres de la zone euro, quand ils mettent l’accent sur l’emploi, proposent de doter la zone euro d’une capacité budgétaire ou réclament un contrôle démocratique plus poussé des décisions.

Nous insistons dans le programme sur deux priorités claires.

• D'une part, il nous faut élargir le socle de droits sociaux européens, pour y inclure des standards minimums en matière de droits à la formation, de couverture santé, d’assurance chômage ou de salaire minimum. Un premier pas important a été franchi avec la création d’un salaire minimum outre-Rhin. Nous devons renforcer cette dynamique de convergence, et nous nous engageons à en être moteur.

• D'autre part, il nous faut engager un mouvement de convergence sociale et fiscale, pour éviter le dumping qui a encore lieu aujourd'hui, au sein même de la zone euro. C'est la raison pour laquelle la suppression des pratiques de dumping (comme certaines législations fiscales déloyales) devra être une condition d'accès au budget de la zone euro que nous proposons.

La lutte contre le dumping social doit aussi passer par un renforcement de la lutte contre les fraudes en matière de travail détaché, et une révision rapide de la directive :

- Si la France reçoit beaucoup de travailleurs détachés (300 000), elle en détache beaucoup également (200 000, soit le 3ème pays de l'UE en matière de détachement), notamment dans les services et dans l’industrie. Le problème principal que pose le détachement est la fraude sur les classifications ou les horaires de travail.

- Les outils de lutte contre la fraude ont été récemment renforcés, notamment via la loi pour la croissance, l'activité et l'égalité des chances économiques (« loi Macron »).

Ainsi, depuis le 22 mars dernier, les salariés du bâtiment vont disposer progressivement d'une carte d’identité spécifique permettant de vérifier leur statut. Les contrôles se sont multipliés et atteignent 1 500 par mois actuellement. Il faut maintenir cette pression, accentuer encore les contrôles, notamment le soir et le week-end, et faire appliquer les sanctions.

- Au niveau européen, la France doit défendre la révision rapide de la directive sur le détachement, afin de faire respecter le principe « à travail égal, salaire égal » dans toutes la chaine de sous-traitance, et de plafonner à un an au maximum la durée du détachement autorisé.

 

QUESTION  7 : Quelles mesures envisagez-vous afin de développer l’égalité des chances des personnes en situation de handicap dans leur cursus scolaire, universitaire et pour leur accès à un emploi de cadre ou technicien ?

Emmanuel MACRON : La persistance d’un taux de chômage des personnes handicapées, deux fois supérieur à celui de la population ordinaire, est inacceptable. Les obstacles à l’emploi des personnes en situation de handicap sont cependant moindres que ce que l’on croit souvent. Tout doit être mis en oeuvre pour remédier à ce sur-chômage, notamment en accompagnant davantage les intéressés dans l’emploi et en leur apportant un soutien sur les lieux de travail.

Il nous faut favoriser la scolarisation de jeunes en situation de handicap. Il est inacceptable que plus de 10 000 jeunes se trouvent aujourd’hui privés de toute solution à leur problème de handicap, et que certaines familles en viennent à rechercher des solutions en dehors de nos frontières. Nous renforcerons les moyens existants, et, notamment, nous donnerons accès à un(e) auxiliaire de vie scolaire à tous les enfants en situation de handicap qui en ont besoin pour avoir une scolarité comme les autres.

Aussi, nous améliorerons la vie des personnes handicapées autour de l’école, par exemple en assurant une meilleure accessibilité des activités de loisirs périscolaires, en organisant des séjours de vacances dédiés ou mixtes.

Nous devons également lever les obstacles à l’emploi. Le premier de ces obstacles est le manque de formation. Nous renforcerons donc les droits à la formation des personnes en situation de handicap et développerons la formation par alternance, en fixant un objectif d’accès de 6% de stagiaires en situation de handicap aux organismes de formation.

Le second obstacle, ce sont les préjugés. Nous ferons de la lutte contre la discrimination une priorité nationale, en organisant des opérations de contrôles aléatoires à grande échelle pour que l’obligation légale soit respectée. Nous encouragerons aussi toutes les actions de sensibilisation dans les administrations et les grandes entreprises publiques.

Il faut enfin soutenir l’emploi durable. Les établissements et services d’aide par le travail (ESAT) et les entreprises adaptées (EA) consentent un effort important pour adapter leur production aux besoins de leurs donneurs d’ordre. Nous devons améliorer les procédures d’accès aux marchés publics pour ce secteur dynamique et créatif.

Nous renforcerons la création de postes pour apporter une réponse à tous ceux qui attendent de travailler dans une EA ou un ESAT.

Nous développerons l’accompagnement dans le travail pour les personnes qui en ont besoin, notamment celles qui se trouvent en situation de handicap psychique : elles bénéficieront par le dispositif « emploi accompagné » d’un accompagnement médico-social dans la durée pour pouvoir s’insérer et se maintenir dans l’emploi en milieu ordinaire de travail.

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