
En janvier 1947, il y a donc exactement soixante-et-un ans, des milliers de militants CGC clamaient salle Wagram, à Paris, leur opposition à l'immatriculation forcée de l'encadrement de l'époque au seul régime d'Assurance sociale en cours. Deux mois après, le syndicat obtenait, de haute lutte, la création de l'Association générale des institutions de retraite des cadres (AGIRC), avec l'objectif de maîtriser la gestion d'un organisme de retraite complémentaire par répartition.
Aujourd'hui, le problème est à nouveau posé de manière tranchée : l'AGIRC est en situation de déficit. Les causes sont fonctionnelles, voire mécaniques : évolution démographique, salaires bloqués ou progressant peu, plafond de la Sécurité sociale qui évolue plus vite que les salaires, inflation... Cependant, l'AGIRC remplit ses devoirs de solidarité en matière de financement à l'égard de l'Association des régimes de retraite complémentaire (ARRCO). Ce qui lui a coûté, au passage, plus de cent milliards d'euros depuis 1973 ! De plus, près de 30 % des cadres bénéficiant d'une retraite complémentaire financée par l'AGIRC ne peuvent y cotiser, en particulier à cause des effets dévastateurs d'une évolution du plafond de la Sécurité sociale, fixé par décret mais trop éloigné de la réalité des revenus des cadres moyens.
Ainsi, près de six millions d'actifs et de retraités relevant de l'AGIRC voient se jouer une part importante de leur retraite selon des règles de moins en moins adaptées. Ils constatent la détérioration d'un système à l'origine fait pour eux. Ils sont mis en position d'être plus solidaires que les autres pour financer les retraites, sans y trouver complètement leur intérêt. Ils s'inquiètent de voir se développer le refus de toute hiérarchisation des pensions ainsi qu'une tentative vers la globalisation de la retraite complémentaire qui sous-entend un nivellement pas le bas.
Une des valeurs fondatrices la CFE-CGC est la solidarité. Défendre ardemment la retraite par répartition comme instrument de solidarité intergénérationnelle en est le meilleur exemple. Mais elle donne au mot solidarité tout son sens: l'obligation morale de participer au bien commun, sans desservir l'intérêt d'aucun.
Pour la CFE-CGC, la retraite par répartition ne se justifie que si son fonctionnement est équitable et si l'AGIRC retrouve les moyens de maîtriser son financement...
Bernard Van Craeynest