Lettre confédérale n° 1196 du 20/03/2008

La lettre confédérale

Lettre confédérale N°1196 du 20 mars 2008
L'Edito :

Quand les arroseurs finiront de s'arroser

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La crise américaine prend de l’ampleur. Les Frankenstein de la finance qui ont créé les subprimes voient leur monstre leur échapper et en sont réduits à glisser la poussière de leurs expériences sous un tapis dans lequel notre économie se prend les pieds. Hélas ! de virtuels au départ, les effets domino de la crise sont bien réels aujourd’hui : faillites de banques, clients ruinés, pouvoir d’achat affaibli, impact sur la croissance, emploi touché... la spirale est connue.
 
Face à cela, que voyons-nous ? Les atermoiements et les effets de manches de nos gouvernants qui répètent à l’envi l’impératif de nouvelles normes et régulations du système financier international. Ils constatent, effarés, l’ampleur des dégâts... bien qu’il n’aient pas encore tout vu ! Consultés, nos gourous financiers résument leur seule théorie : «vendez !». Les débats philosophico-politiques se multiplient autour des excès ou des insuffisances du libéralisme. Curieux retour de l’histoire, des rois de la finance, aux États-Unis ou en Italie, appellent l’État à la rescousse !
 
J’entends parler de réformes - certes indispensables - alors que, devant l’accélération de l’évolution du monde, il faut agir au plus vite ! Augmenter nos capacités d’anticipation et d’adaptation, préciser les objectifs de relance de la croissance, arrêter les moyens nécessaires pour les atteindre, planifier les opérations, répartir équitablement les efforts... voilà ce dont nous avons besoin !
 
Aujourd’hui, ce sont les corporatismes et les poujadismes de tout poil qui s’exacerbent. Ce sont les tensions, les recherches de boucs-émissaires qui aggravent la crise. Et c’est la conjonction de ces phénomènes qui allumera la révolte. Nous fêtons l’anniversaire d’un certain mois de mai et l’histoire ne se répète pas dit-on. Il faut l’espérer...
 
La CFE-CGC n’entrera pas dans ce jeu là. Que ceux qui sont aux manettes de l’économie expliquent avec pragmatisme les modes de réaction à la crise à mettre en œuvre. S’ils sont crédibles, nous, les corps intermédiaires, nous saurons faire passer les messages de la confiance.
 
À quelque chose malheur est bon : le syndicalisme, tout à coup, retrouve sa vertu face à ceux qui doutaient de son utilité, ceux qui rêvaient de voir ce «gêneur» effacé de leur horizon politique ou financier, ceux qui mettaient en doute sa capacité à analyser les situations économiques et à agir au profit de l’entreprise ; ceux-là, en revanche, ont perdu leur crédibilité. La crise donne soudain un nouveau relief aux négociations en cours sur la représentativité et la réforme du dialogue social. Dans la longue liste des missions du syndicaliste j’en ajouterais une supplémentaire : garant de la démocratie !
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Les événements

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UIMM

 

Effets collatéraux

 

L’affaire de l’UIMM et la réaction de la présidente du MEDEF aura des effets collatéraux, souligne Bernard Van Craeynest : elles mettent «sur la touche un certain nombre de négociateurs qui étaient extrêmement importants (...). Est-ce que le patronat est en capacité, rapidement, de les remplacer ?» Une situation d’autant plus grave que, si les partenaires sociaux étaient mis dans l’incapacité de négocier, c’est le gouvernement qui prendrait la main pour légiférer et réglementer dans les dossiers actuels tels ceux de la protection sociale ou de la représentativité syndicale (iTV, 7.03.2008). Pour ce dernier, la réforme est d’importance : «depuis la fin du XIXe siècle, nous sommes dans un système qui n’a jamais su démontrer ce qu’apportent les partenaires sociaux dans la vie quotidienne des salariés (...). On est resté sur des schémas oppositionnels et conflictuels». Aujourd’hui, nous sommes au pied du mur : si les partenaires sociaux ne démontrent pas leur fonction indispensable, «nous allons vers une catastrophe avec la disparition de corps intermédiaires qui ne pourront plus jouer leur rôle de régulateur social. Et dans un pays qui a peur, qui est confronté à beaucoup de montées de corporatismes (...) il risque d’y avoir des éruptions plus ou moins spontanées que le gouvernement, quel qu’il soit, aura grand peine à contenir» (BFM, 12.03.2008).

UIMM

 

Curieux

 
Entre 2000 et 2007, dix-neuf millions d’euros en liquide auraient été retirés des comptes de l’UIMM dans des établissements bancaires. Bernard Van Craeynest s’interroge : «J’ai du mal à comprendre comment, au XXIe siècle, on peut se promener avec des valises d’un tel montant ?». Les banquiers, pendant toutes ces années, ne se seraient pas posé de questions : «c’est quand même assez curieux que [cette affaire] sorte alors que nous débutions une négociation importante sur la modernisation du marché du travail (...), et qu’elle rebondisse alors que nous sommes en pleine négociation sur la représentativité et le dialogue social en France». (LCP, 12.03.2008).

Prud'homales 2008


Objectifs


La CFE-CGC vise «un score de 10 % des voix toutes sections confondues et de 30 % dans la section encadrement» a confirmé Bernard Van Craeynest à la presse, le 12 mars. «Cela dépendra beaucoup du taux de participation (...). Un scrutin avec un taux de participation inférieur à 50 % est un vrai problème, surtout à l’heure où l’on parle de représentativité». (AEF, 13.03.2008).

Emploi


Mauvaise pente


La France a créé 300 000 emplois en 2007. Dans le même temps, le recul d’effectifs s’accélère dans l’industrie, un phénomène continu depuis six ans : perte de 40 700 emplois en 2007 après 60 600 en 2006. Le président de la CFE-CGC constate que les emplois perdus étaient des CDI, à temps plein, correctement payés, alors que les emplois de service, en pleine croissance, «sont à temps partiel et moins bien payés». C’est le signe d’un «glissement de la qualité de l’emploi» (AEF, 13.03.2008).

Industrie


Investir ou mourir


 
La mise en liquidation judiciaire de l’entreprise de filature plus que centenaire Badin-Sartel, en Seine-Maritime, est «emblématique» de la «disparition des filières industrielles», souligne Bernard Van Craeynest qui a rencontré les salariés de l’entreprise Haute-Normande. Comme avec le secteur automobile, la solution est de «s’appuyer sur nos compétences techniques pour rester dans la course (...), nous devons continuer à investir en recherche et développement». (Le Journal des entreprises, 1.03.2008).

Épargne salariale


Appel d'offres

 
Le Comité intersyndical de l’épargne salariale (CIES) dont la CFE-CGC est partie prenante, lance son cinquième appel d’offres de labellisation de nouveaux produits d’épargne salariale. Les sociétés candidates devront respecter un certain nombre de critères liés à la démarche socialement responsable, à l’intérêt des salariés et à la gouvernance. Date limite d’inscription : le 15 mai 2008.
http://comite.cies.free.fr

APEC


Pilotage professionnel


La CFE-CGC est signataire de l’accord de Gestion prévisionnelle des emplois et des compétences (GPEC) entre l’APEC et l’Association pour la gestion des bilans de compétences (AGBCC). Il s’agit d’apporter aux collaborateurs de l’APEC «les moyens de développer leurs compétences et de piloter leur parcours professionnel», précise la DRH. Un observatoire des métiers, composé «d’un ou deux salariés désignés par chaque organisation syndicale signataire» sera créé.

AGIRC

Le conseil d’administration de l’AGIRC a décidé d’augmenter la valeur annuelle du point de retraite AGIRC de 1,46 % à effet du 1er avril 2008. Sa valeur est portée à 0,4132 euros ; le salaire de référence ou prix d’achat du point passant à 4,8727 euros.

Représentativité

À la caisse AGIRA retraite des cadres, la CFE-CGC remporte huit sièges d’administrateurs sur quinze, avec 49,61 % des suffrages et malgé un taux de participation de 24,24 %. À la CREA, caisse de retraite Elf Aquitaine, la CFE-CGC enregistre le score «historique» de 34,78 % des voix.

Égalité professionnelle


L'équilibre sur scène


 
La table ronde CFE-CGC sur l’égalité professionnelle, le 6 mars dernier, avait pris la forme originale d’un échange avec un public de théâtre à Paris, par le biais de saynètes caricaturant la sphère familiale et les stéréotypes de la femme au travail : «Père, mère, boulot, perso, tous égaux», par la troupe des Guetteurs d’ombre. Les vidéos du Centre national d’information aux droits des femmes et des familles (CNIDFF) ont évoqué le rôle du père aujourd’hui. Dans son intervention, Bernard Van Craeynest a insisté sur le rôle «stratégique» de l’égalité professionnelle pour l’entreprise. Carole Couvert, secrétaire nationale, a mis en avant le rôle des militants du Réseau Équilibre au profit de «la mixité et non la parité», pour mettre fin au «distinguo entre homme et femme à compétences égales, tant en termes de salaires que de carrière». Enfin, Marie-Line Brugidou, déléguée nationale animatrice du réseau, a présenté la mission de ces militants qui accompagnent les délégués CFE-CGC dans les négociations de l’égalité professionnelle au sein des branches ou des entreprises et dans leurs actions en faveur de la «conciliation des temps de vie».

Amiante

 

Dispositif à revoir


La CFE-CGC est signataire d’une proposition commune (CFE-CGC, CFDT, CFTC, CGT, FO, ANDEVA, FNATH) de révision de l’Allocation de cessation anticipée d’activité des travailleurs de l’amiante (ACAATA). Objectif : «assurer qu’à l’avenir, tout salarié qui a eu une exposition importante à l’amiante bénéficie d’une cessation anticipée d’activité». Les syndicats considèrent que l’ACAATA a «souffert de l’absence de structure dédiée» et proposent de confier le dispositif à un établissement public. Ils demandent que le montant de l’allocation soit «au moins égal au SMIC net».

Banque postale


Rôle social


 
La Cour des comptes épingle la Banque postale pour la lourdeur du réseau des bureaux de poste et leurs coûts salariaux. Pour la CFE-CGC du groupe La Poste, il s’agit d’un faux procès puisque la Banque postale «a les mêmes devoirs et obligations que les autres banques mais elle a aussi l’obligation de jouer un rôle social auprès des populations les plus défavorisées et les plus éloignées». Ce rôle social a «un coût» et la CFE-CGC demande les moyens qui lui permettraient de «rivaliser à armes égales avec ses concurrents». Elle entend aussi qu’il soit tenu compte de sa responsabilité dans «l’aménagement du territoire auquel les maires sont très attachés».

Papiers-cartons

 

Capital senior


 
La CFE-CGC est signataire de l’accord professionnel inter-secteurs papiers-cartons sur «l’emploi des seniors et la valorisation du capital humain». Il s’agit, en particulier, de lutter contre les discriminations, d’identifier les risques d’usure professionnelle et de mettre en œuvre des moyens de prévention. Un patenariat avec l’Agence nationale des conditions de travail (ANACT) est engagé.

Eurocopter

 

Accord salarial


 
La CFE-CGC est signataire de l’accord salarial 2008 : plus 3,5 % en niveau dont 1,5 % au titre de l’augmentation générale pour les non-cadres. Elle regrette cependant le «recul avec la clause de revoyure modifiée, qui minimise l’impact de l’augmentation individuelle» (AEF, 11.03.2008)..

Enseignement privé


Privé de prud'homales !


Le Syndicat national de l’enseignement privé (SYNEP) CFE-CGC, avec la CFTC, la CGT et FO, exercent leur droit d’alerte : «les maîtres des établissements privés sous contrat d’association ne seraient plus ni électeurs ni éligibles au scrutin prud’homal de décembre 2008». Plus de 140 000 maîtres sont concernés : ils mettent en garde les responsables de l’enseignement catholique contre toute atteinte à «ce droit fondamental».

Enseignement public


Plus pour moins


«Ne travaillez pas plus pour gagner moins !», c’est en substance l’appel lancé par le Conseil national des groupes académiques (CNGA) CFE-CGC à ses adhérents pour réagir au refus du gouvernement de majorer les heures supplémentaires des enseignants. Effectivement, ces heures supplémentaires seront payées «à un montant inférieur à celui des heures normalement effectuées, ce qui va l’encontre de la législation du travail».

ArcelorMittal


Contre-projet


La CFE-CGC et la CFDT de Gandrange proposent un contre-projet à la fermeture du site lorrain : 40 millions d’investissement et un recentrage sur les métiers de l’aciérie. «Avec ce scénario, l’expert de Syndex dit que le site peut revenir à l’équilibre en 2009». (Libération, 14.03.2008).

Développement durable

  

Faire évoluer le management

 
Bernard Van Craeynest et Jean-Frédéric Dreyfus sont intervenus à la journée d’échanges entre étudiants «Réussir demain, ce que change le développement durable ?» à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, le 19 mars. Pour le secrétaire national, l’égalité hommes-femmes, les discriminations, la conciliation des temps de vie, la formation des salariés, l’éducation des salariés valides au handicap dans l’entreprise, le bien-être au travail, l’accompagnement des seniors en fin de carrière, l’entrée des femmes aux conseils d’administration... sont autant de sujets essentiels à une gestion du capital humain durable.

(photo : J.-F. Dreyfus, 4e à droite, face aux étudiants de la Sorbonne) (V. Jacob)

Les réactions

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Économie

 

Les irresponsables 

 
Jean Conan : 
 
Les réflexions du secrétaire national à l’économie du parti présidentiel laissent pantois : Les assemblées générales des actionnaires seraient chargées de la politique salariale ! L’intéressement et la participation seraient généralisés mais taxés en fonction de leur durée de conservation en épargne, juste le contraire des déblocages actuels ! Un dividende salarial serait créé. Il serait général ou catégoriel ou individuel, exonéré de charges sociales sauf de cotisation retraite et convertible en prime non fiscalisée, ou en stock-options ou encore en actions qui, grand élan lyrique aidant, sont même qualifiées de « gratuites » ! Si le papier monnaie et les instruments de règlement sont appelés « fiduciaire », c’est bien pour dire que la confiance est absolument centrale dans le fonctionnement économique et financier moderne. En l’absence de confiance, faudra-t-il utiliser les moyens de paiement moyenâgeux que sont les matières précieuses (l’or, l’argent, le sel, le pétrole aujourd’hui) ? La confiance en l’avenir et la possibilité de mener à bien des projets dans un cadre stable est le principal moteur économique : la stabilité et la clarté doivent être des objectifs en eux-mêmes, y compris dans les domaines qui relèvent de l’action d’un État « socialement responsable ». Publier de telles considérations socialement irresponsables, forcément élaborées en dehors de toute concertation, relève d’une agitation qui précarise tous les acteurs économiques, et porte tort à notre pays.
 
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Stress

Le temps de l'action
Bernard Salengro :

Un psychiatre et un magistrat ont remis au ministre du Travail un rapport sur le stress au travail. Ils répètent ce que la CFE-CGC ne cesse de clamer depuis des années : le stress professionnel constitue un «véritable enjeu de santé au travail». Il faut se réjouir de voir le gouvernement en tenir compte : il était temps à l’heure où les suicides en entreprise se multiplient et que leurs causes sont clairement liées au stress professionnel. Le rapport préconise des mesures intéressantes réclamées par la CFE-CGC : la constitution d’indicateurs de référence sur les risques psychosociaux, le lancement d’expérience de recherche et de prévention des risques, le lien à faire avec la branche accidents du travail de l’Assurance maladie, le principe de «l’autopsie psychologique» après un suicide, des campagnes d’information sur le stress au travail, la formation des acteurs au sein de l’entreprise (CHSCT, médecins du travail, DRH...), un site web dédié... J’invite les parties prenantes de ce rapport à s’inspirer des nombreux travaux de la CFE-CGC en la matière ! Nos baromètres et notre observatoire du stress démontrent encore que, non seulement le stress positif n’existe pas, mais que le stress au travail n’est, ni plus ni moins, qu’une maladie professionnelle qu’il faut considérer comme telle. Maintenant, il ne s’agit plus de se contenter des constats ni même de cet excellent rapport. Il faut des actes ! L’entreprise doit revoir ses modes de management et ouvrir des négociations pour traduire la prise en compte du stress dans les conditions de travail, y compris en termes de coûts. La prévention ne sera efficace qu’à la condition de mesurer ses effets aussi dans les résultats financiers de l’entreprise...
 
 
Retrouvez en vidéo les trois conseils de Bernard Salengro pour faire face à une situation de stress professionnel :
1 : ne restez pas isolé
2 : interpellez un délégué du personnel
3 : apprenez à gérez vos émotions
... sur www.newzy.fr (3 conseils pour...)
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