La crise américaine prend de l’ampleur. Les Frankenstein de la finance qui ont créé les subprimes voient leur monstre leur échapper et en sont réduits à glisser la poussière de leurs expériences sous un tapis dans lequel notre économie se prend les pieds. Hélas ! de virtuels au départ, les effets domino de la crise sont bien réels aujourd’hui : faillites de banques, clients ruinés, pouvoir d’achat affaibli, impact sur la croissance, emploi touché... la spirale est connue.
Face à cela, que voyons-nous ? Les atermoiements et les effets de manches de nos gouvernants qui répètent à l’envi l’impératif de nouvelles normes et régulations du système financier international. Ils constatent, effarés, l’ampleur des dégâts... bien qu’il n’aient pas encore tout vu ! Consultés, nos gourous financiers résument leur seule théorie : «vendez !». Les débats philosophico-politiques se multiplient autour des excès ou des insuffisances du libéralisme. Curieux retour de l’histoire, des rois de la finance, aux États-Unis ou en Italie, appellent l’État à la rescousse !
J’entends parler de réformes - certes indispensables - alors que, devant l’accélération de l’évolution du monde, il faut agir au plus vite ! Augmenter nos capacités d’anticipation et d’adaptation, préciser les objectifs de relance de la croissance, arrêter les moyens nécessaires pour les atteindre, planifier les opérations, répartir équitablement les efforts... voilà ce dont nous avons besoin !
Aujourd’hui, ce sont les corporatismes et les poujadismes de tout poil qui s’exacerbent. Ce sont les tensions, les recherches de boucs-émissaires qui aggravent la crise. Et c’est la conjonction de ces phénomènes qui allumera la révolte. Nous fêtons l’anniversaire d’un certain mois de mai et l’histoire ne se répète pas dit-on. Il faut l’espérer...
La CFE-CGC n’entrera pas dans ce jeu là. Que ceux qui sont aux manettes de l’économie expliquent avec pragmatisme les modes de réaction à la crise à mettre en œuvre. S’ils sont crédibles, nous, les corps intermédiaires, nous saurons faire passer les messages de la confiance.
À quelque chose malheur est bon : le syndicalisme, tout à coup, retrouve sa vertu face à ceux qui doutaient de son utilité, ceux qui rêvaient de voir ce «gêneur» effacé de leur horizon politique ou financier, ceux qui mettaient en doute sa capacité à analyser les situations économiques et à agir au profit de l’entreprise ; ceux-là, en revanche, ont perdu leur crédibilité. La crise donne soudain un nouveau relief aux négociations en cours sur la représentativité et la réforme du dialogue social. Dans la longue liste des missions du syndicaliste j’en ajouterais une supplémentaire : garant de la démocratie !