Il n’aura pas fallu attendre bien longtemps pour voir où nous mène la position dite commune négociée entre partenaires sociaux et conclue le 10 avril dernier. La CFE-CGC ne l’a pas ratifiée. Nous ne pouvons nous résoudre à l’incohérence que constitue le fait d’asseoir la légitimité des acteurs sur l’élection sans avoir explicitement prévu comment tous les salariés vont pouvoir s’exprimer !
Outre le Yalta organisé par le patronat et deux organisations syndicales signataires qui visent, à terme, à rester seuls en lice dans le champ de la négociation sociale, à tous les niveaux, nous avions déjà contesté que les contreparties obtenues par les employeurs étaient énormes. La possibilité ouverte de négocier avec les élus du personnel - souvent sans étiquette - ou avec un salarié mandaté par une organisation syndicale représentative dans la branche, porte en germe un nouvel affaiblissement du syndicalisme. Nous mesurons aujourd’hui l’écart entre les promesses du mandatement lié aux trente-cinq heures dans les années 1998-2000 et le peu de nouveaux militants syndicaux que cela a amené.
La position commune prévoit aussi de jongler, à titre expérimental, avec toutes les dispositions relatives au temps et à l’organisation du travail (RTT, heures supplémentaires, repos compensateur, forfaits...). Celles-ci, dans l’avant-projet de texte de loi que le ministère rédige actuellement, sont, ni plus ni moins, renvoyées à la négociation d’entreprise ou de branche. Le hic est toujours le même : les centaines de milliers d’entreprises dépourvues de représentants du personnel pourront faire d’amicales pressions sur un de leurs salariés pour qu’il vienne frapper à la porte d’une organisation syndicale afin d’obtenir un mandat ; ou alors, elles vont s’empresser, pour celles de plus de dix salariés, d’organiser des élections afin de disposer d’une représentation du personnel hors du champ syndical... Cela conduit directement au dumping social : «acceptez donc de travailler quarante-cinq heures payées trente-cinq pour que nous soyons plus compétitifs et pour conserver vos emplois !».
La CFE-CGC a toujours pris ses responsabilités et accepté le dialogue et la négociation. Lorsqu’il faut faire des efforts pour éviter des délocalisations et pour préserver l’emploi, nos négociateurs agissent. Dans le cadre d’un contrat avec clause de retour à meilleure fortune, nous définissons les termes d’un engagement réciproque. Pousser toujours plus loin le salarié seul face à lui-même et à son employeur, le culpabiliser en permanence (arrêts maladie, chômage...) n’est pas digne d’une démocratie moderne. On ne projette pas l’avenir d’un pays à coups de communication et de sondages. Pour l’heure, les Français soutiennent, en apparence, les réformes. Mais on ne leur a pas indiqué les objectifs ni les moyens à mettre en œuvre. Le jour où ils s’apercevront qu’il s’agit de démanteler nos systèmes de protection collective et qu’ils seront livrés à eux-mêmes, leur colère sera immense ! Gare au retour de bâton !
Il est plus que temps que nous construisions, dans un rassemblement le plus large possible, une nouvelle offre syndicale tournée vers le salarié pour lui apporter aide et assistance afin que la régulation sociale ne dépende pas uniquement de l’arbitraire gouvernemental ou patronal.