«Une Europe qui protège !». Belle ambition, n’est-ce pas ? Une Europe qui «impose son modèle» face à une mondialisation sans garde-fous... L’idée est séduisante. Oui, mais avec un certain nombre de restrictions à la clé, si l’on en croit le président de la République puisque «nous avons des ambitions sociales sur le travail intérimaire, sur les comités d’entreprises mais, sur l’essentiel, l’Europe ne doit pas s’occuper de tout, le social doit rester national». Décidément, le tri sélectif est à la mode...
Ainsi, il y aurait l’Europe, avec un grand E, et une europe sociale, avec un petit e. Et pourtant, s’il y avait un dénominateur commun qui pourrait fédérer les Européens, c’est bien du côté des valeurs sociales qu’on le trouverait. Les champs d’investigation sont nombreux : temps de travail, retraite, salaires, discrimination professionnelle, formations... autant de domaines où des critères européens seraient source d’harmonisation et de justice commune.
Le temps de travail, par exemple : tous les chercheurs relèvent que la liberté de temps de travail connaît une limite, celle de la santé. Le «burn out», qui fait des ravages en Asie, est bien connu des médecins du travail. Le stress professionnel, dont une des causes est liée à la surcharge de travail, est dorénavant reconnu par les instances européennes comme phénomène inhérent au travail. Voilà un exemple concret qui permettrait à l’Europe d’imposer un modèle social par une référence commune sur le temps de travail.
Mais, patatras, la France donneuse de leçons se démarque : dans un projet de loi opportunément associé à une position prétendument commune aux partenaires sociaux, le gouvernement entend «exploser» les limites des horaires quotidiens, hebdomadaires ou annuels de travail, en allant bien plus loin que les normes européennes déjà excessives et contraires au simple bon sens en matière de santé.
L’Europe, si l’on veut qu’elle ait une signification concrète, devrait être un recours face à l’injustice intra communautaire. Ainsi, par deux fois, en 2000 et en 2003, la CFE-CGC a saisi les instances du Conseil de l’Europe pour contester les réglementations françaises en matière de forfait jours. Par deux fois, le Comité européen des droits sociaux a donné raison à la CFE-CGC et a appelé la France à corriger ses textes. Des injonctions dédaignées par le gouvernement français... Aujourd’hui encore et pour s’opposer au projet de loi français d’un forfait à 235, voire 250 jours possibles de travail par an, la CFE-CGC dépose un recours devant la Cour européenne des droits de l’Homme. Cette troisième tentative sera-t-elle la bonne ?
Et c’est la France qui se voit confier la présidence de l’Union européenne, ce 1er juillet ! L’heure du choix est arrivée : celui de construire une Europe concrète, à l’écoute des attentes des salariés et des citoyens ou celui d’une Europe virtuelle qui s’éloigne de nos préoccupations...