Et un matin, on découvre la crise. Comme après un coup de tonnerre, on tente de nous expliquer l’origine des faillites internationales en chaîne tandis que les as de la finance ouvrent leurs parachutes dorés pour se poser tranquillement un peu plus loin.
Effarés, les chefs d’entreprise découvrent que le capitalisme sur lequel ils fondent leurs affaires n’est plus un système économique régulé mais un casino. Effrayés, les élus de tous bords protestent avec véhémence : les libéraux exigent l’intervention de l’État, les «étatistes» fustigent le manque d’adaptation des politiques financières.
Tout se passe comme si, aujourd’hui, nous vivions dans deux mondes superposés. Le premier est celui de l’économie réelle, dans lequel nous devons en permanence faire face aux contraintes de la croissance en phase de décélération... Dans celui-ci, il nous est demandé de nous impliquer, d’agir, de travailler toujours plus et d’admettre des sacrifices en termes de revenus. Et puis il y a un monde virtuel qui ignore totalement ces réalités, habité de docteurs Folamour qui n’agissent qu’en fonction du rendement à deux chiffres de leurs capitaux investis en coups de poker. Hélas, ces deux mondes prennent appui sur un seul et même levier : notre portefeuille.
D’un côté, l’offre et la demande sont plus ou moins régulées pour faire du marché un lieu d’échanges civilisé ; de l’autre, c’est le qui perd gagne. Faudra-t-il laisser ce monde virtuel s’imposer à nous ?
La réponse, je la fais à tous ceux qui se frottent les mains devant la désyndicalisation ; à tous ceux qui ont concocté de nouvelles règles de représentativité des syndicats sans tenir compte de cette réalité qui nous agresse. Non, nous ne laisserons pas faire ! C’est justement grâce à la vigilance de nos représentants dans les entreprises que les dérives peuvent être stoppées. C’est par la confrontation quotidienne aux contraintes économiques réelles, que les salariés peuvent alerter les syndicalistes sur les conséquences de stratégies irraisonnées. C’est par notre engagement jusque dans les lieux de décisions que le monde économique et social restera accroché à ses bases. Encore faut-il que nous soient donnés les moyens de cette vigilance, le pouvoir de nous exprimer, le droit de nous opposer...
Nos banques d’affaires, nos entreprises en général, ne doivent pas devenir des maisons Folamour, sociétés sans garde-fous, sans droit de regard des salariés sur les choix économiques et sociaux des directions. C’est aussi contre cela que nous manifesterons partout le 7 octobre prochain, dans le cadre de la journée mondiale pour le travail décent.
Si à quelque chose malheur est bon, souhaitons qu’il s’agisse du renouveau du syndicalisme responsable.