Le président de la République sait parler. Envolées sociales devant l’Organisation internationale du travail (OIT), speech à la Obama devant le congrès des parlementaires et harangue de chef de troupe à la nouvelle équipe ministérielle. Normal quand on se veut chef de l’État.
Pour autant, je ne suis absolument pas surpris du contenu de ses messages. Nicolas Sarkozy me l’avait déjà dit, avec cette même conviction : «je veux alléger le coût du travail, il faut changer l’assiette de financement des cotisations...». C’était en août 2007 ! Depuis, les discours se multiplient et leur fougue ne suffit plus à nous convaincre.
Avec le remaniement ministériel, on nous promet pour très bientôt une feuille de route. Mais nous la connaissons déjà ! Lancée à Toulon en septembre 2008, peaufinée à Saint-Quentin en mars 2009, redite à Versailles la semaine dernière, Nicolas Sarkozy se répète. Tous les laissés pour compte de la crise connaissent ses intentions. Ils veulent aujourd’hui des actes. On ne peut pas indéfiniment appeler à la mobilisation contre la crise et rester en permanence l’arme au pied : les chômeurs, les jeunes, les seniors, les catégories moyennes risquent de se lasser.
Ainsi en est-il du projet de grand emprunt national, relayé maintenant par le Premier ministre. L’opération est délicate car notre pays connaît un endettement dangereusement sur-dimensionné. Le président de la République promet de consulter les partenaires sociaux pour mieux définir ses objectifs. Très bien, nous lui redirons, encore une fois, nos priorités en termes de formation, d’éducation, de recherche et développement. Ce qu’il sait très bien d’ailleurs !
Maintenant, l’État ne pourra réussir son opération que s’il respecte deux conditions. Un : le taux de rémunération de cet emprunt devra garantir le placement de nos concitoyens, puisqu’il semble qu’ils seront sollicités. Les conséquences de la crise ne sont pas là pour les rassurer et le risque d’inflation n’est pas totalement exclus. Deux : l’opération devra être suffisamment attractive pour changer le comportement des épargnants. Si le taux d’épargne en France est élevé, autour de 15 %, il est surtout associé à des produits financiers de type assurance vie. Cette fois, il va falloir les décider à investir dans des projets «porteurs d’avenir». Un simple taux d’intérêt ne suffira pas.
Nicolas Sarkozy devra nous persuader que la France s’engage sur la voie d’une croissance soutenue. Si le fonds stratégique d’investissement est mobilisé, il devra être tout entier tourné vers le redéploiement et le développement de nos entreprises, notamment vers les nouvelles technologies et la croissance «verte».
Et ce ne sera pas tout. Nous savons que le tout économique, la croissance pour la croissance, ne répondent plus aux attentes des salariés. Nous voulons aussi préserver un modèle social mis en grand danger car en panne de financement. Le devenir de la retraite, de la dépendance, de la couverture sociale... est de plus en plus préoccupant.
Si j’étais objectivement rassuré sur leur sort, alors je n’hésiterais pas à emprunter... pour mieux prêter.