Après les retraites et avec comme fil rouge les déficits récurrents de l’assurance maladie, le gouvernement focalise actuellement l’attention de tous sur le dossier de la dépendance. Tout ceci concerne notre protection sociale et son mode de financement. Le modèle mis en place en 1945, bâti sur les cotisations sociales assises sur les salaires, montre depuis plusieurs années ses limites.
La population vieillit et les dépenses sociales croissent en parallèle. L’emploi comme la masse salariale n’augmentent pas au même rythme. Dès lors, nous ne pouvons que constater l’envolée des déficits qui s’accompagnent d’accrocs successifs dans la couverture sociale : baisse des retraites, déremboursements et reste-à-charge des ménages toujours plus important... Ceci malgré l’instauration de la CSG et son augmentation depuis 1991.
Depuis dix ans, la CFE-CGC propose la mise en place de la cotisation sociale sur la consommation, que d’autres appellent TVA sociale ou anti-délocalisation. Le principe est simple. Baisse - voire suppression - des cotisations assurance maladie, ce qui redonne de la compétitivité aux entreprises et du pouvoir d’achat aux salariés. En contrepartie, on augmente les recettes de TVA pour financer notre protection sociale. Cela nécessite de revoir le barème de TVA. Actuellement, deux taux existent. L’un à 5,5 % pour les produits dits de première nécessité. L’autre à 19,6 %. Il ne s’agit pas de toucher au premier... bien que nous puissions nous interroger sur certains biens ou services qui entrent dans cette catégorie, tels la restauration ou les disques.
Notons que, ces dernières années, les hausses continues de la taxation des complémentaires santé les situent aujourd’hui à près de 10 %. Cela signifie tout simplement que la santé n’est plus dans notre pays considérée comme un bien de première nécessité !
Nous proposons de créer un taux intermédiaire à 12 %, de porter à 21 le taux de 19,6 et de revoir la nomenclature des produits entrant dans chacun des trois taux. Les contempteurs de cette réforme de la TVA avancent comme arguments que cela affecterait la consommation ou provoquerait de l’inflation et que la TVA est un impôt injuste qui frappe tout le monde sans tenir compte des différences de pouvoir d’achat.
Le premier point est loin d’être démontré. L’Allemagne a porté son taux de 16 à 19 % il y a trois ans sans impacter ni la consommation ni l’inflation. Le second est exact. Nous ne pourrons le corriger qu’en refondant l’ensemble de notre système de prélèvements obligatoires, à commencer par la fiscalité. Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Camille Landais viennent de publier un ouvrage qui appelle à une véritable révolution fiscale. Fondée sur un changement qui, pour faire simple, nous ferait passer d’un système progressif à un système proportionnel avec des taux effectifs et non plus marginaux. Selon eux, 97 % de la population y gagnerait contre 3 % qui verraient leur fiscalité augmenter.
Le débat est lancé. Il devra être tranché très rapidement. Trop de temps a été perdu en laissant filer les déficits et croître la dette. Nous savons qu’il faudra bien payer l’addition un jour. Cela aurait également le mérite de mettre un terme aux escarmouches permanentes sur le bouclier fiscal, l’ISF...
En filigrane, nous voyons bien que la question du modèle de société, de cohésion sociale, de solidarités, d’équité, d’égalité, de justice, de transparence est un enjeu majeur pour redonner confiance en notre avenir commun. La CFE-CGC continuera à se battre chaque jour pour qu’enfin nous trouvions de manière constructive les solutions aux nombreux problèmes et défis que doit relever notre belle France.
Bernard Van Craeynest