À l'heure où les résultats 2007 des entreprises pleuvent en rafales, nous enregistrons un avis de tempête sur les négociations salariales qui se tiennent au même moment. Des secteurs ou entreprises qui n'avaient pas l'habitude de faire parler d'eux en termes de mouvements sociaux se manifestent. De la grande distribution à L'Oréal, la grogne monte : dix ans de disette, ça suffit !
De la modération salariale consécutive aux 35 heures à celle liée au renforcement de la compétitivité des entreprises, les salariés en ont marre que les dirigeants d'entreprises leur présentent toujours de bonnes raisons pour que ce soient systématiquement les mêmes qui se serrent la ceinture. D'autant que quelques patrons de grands groupes n'ont pas honte de dire «faites ce que je dis, pas ce que je fais». La progression de leurs rémunérations, décorrélée de leurs performances, donne un bien mauvais exemple.
Dans les petites et moyennes entreprises où la pression des donneurs d'ordre sur les prix, la concurrence et la fiscalité pèsent sur les marges, le chef d'entreprise, bien souvent, a des difficultés pour arbitrer dans la redistribution des richesses créées. Rémunération du capital investi, préparation de l'avenir, emploi, salaires constituent la quadrature du cercle.
Il n'en demeure pas moins qu'investir dans le capital humain est indispensable pour la performance de l'entreprise. Il serait temps que le gouvernement fixe le cap sur l'évolution des prélèvements obligatoires pour que ménages comme entreprises y voient clair sur le devenir de leurs ressources disponibles. J'invite aussi les patrons à desserrer le plus possible l'étau qui comprime les salaires pour montrer leur volonté de conduire une politique salariale lisible et équitable.
Les conflits, nombreux mais encore sporadiques, qui germent depuis quelques semaines, montrent que de l'impatience à la colère, voire à la révolte, il n'y a qu'un pas qui peut être vite franchi... Et que le patronat ne compte pas trop sur les organisations syndicales pour jouer un rôle de temporisation et de régulation... À force de nous affaiblir, il y a trop de secteurs d'activité où nous ne pourrons négocier !
Il est peut-être encore temps d'en prendre pleinement conscience et de reconnaître et valoriser le fait syndical pour dialoguer et négocier. D'ici peu, il sera trop tard et c'est à l'expression plus ou moins spontanée de la colère des salariés que les patrons seront confrontés.
À bon entendeur, salut !
Bernard van Craeynest - Edito Lettre confédérale n° 1194 du 22 février 2008