
Contrats
de mission :
les intermittents du travail
D'indiscrétion en indiscrétion, le gouvernement
prépare l'opinion à la mise en place de contrats
de mission. Ces contrats précaires (CDD de trois ou
cinq ans ou se terminant lorsque la mission prendrait fin)
viendraient évidemment se substituer dans nombre de
cas aux traditionnels contrats à durée indéterminée.
Et l'on voudrait nous présenter le surcroît
de précarisation comme une nécessité.
L'exemple généralement invoqué est
celui de l'informatique où une mission particulière
prenant fin (installation d'une nouvelle chaîne de
traitement par exemple), on ne saurait plus comment utiliser
les salariés concernés jusqu'à ce que,
plus tard, une nouvelle tâche nécessite leur
emploi. En fait, ce problème est résolu depuis
longtemps, soit que l'on profite de périodes calmes
pour que les salariés se forment et mettent à jour
leurs compétences, soit que les entreprises fassent
appel pour les périodes chargées à des
entreprises de services qui font tourner leur effectif d'une
mission à l'autre.
Quelles seraient les
conséquences de l'utilisation
de contrats de mission au lieu de faire appel à ces
sociétés de services ? D'abord la mort
vraisemblable de ces dernières. Ensuite un déficit
de formation, le salarié arrivant au bout de son contrat
de mission n'ayant plus qu'un but : en trouver un autre.
Ensuite une augmentation des indemnités chômage.
En effet, lorsqu'une entreprise fait appel à une SSII, à la
fin du contrat, cette dernière continue à payer
l'expert qu'elle a missionné, en attendant de lui
trouver un autre contrat. Dans le cas de contrat de mission,
l'intéressé se trouverait chômeur et
mis à la charge de la collectivité. Ce n'est
sûrement pas ainsi que l'on agira en faveur de l'emploi.
En fait il n'y a aucune
justification à vouloir mettre
en place des contrats de mission pour les cadres (ou non
cadres) experts si ce n'est la demande du Medef de pouvoir
avoir les mains libres vis à vis des contrats de travail.
Durant longtemps, les
entrepreneurs furent des preneurs de risques. Ils pouvaient
gagner beaucoup s'ils créaient
de la richesse. Maintenant trop d'entre eux (surtout les
faux qui dans le cadre d'une faillite de compagnie aérienne
considèrent qu'ils peuvent être actionnaires
majoritaires sans que cela leur donne le moindre devoir)
considèrent qu'un rendement fort de leur capital doit être
assuré quoiqu'il arrive et se servent dès lors
de l'humain comme variable d'ajustement. Le contrat de mission
n'en est qu'une illustration supplémentaire.
Ne nous leurrons pas : le cadre, l'expert, qui terminera
un contrat de mission à 52 ans n'en trouvera pas d'autre
ou alors à un tarif très dégradé.
D'autant que pour pouvoir vivre il ne prendra plus le temps
de se former et ses connaissances deviendront obsolètes.
La précarisation croissante de l'emploi en France
ne peut par ailleurs qu'avoir des conséquences néfastes
sur la croissance, la consommation étant amenée à se
ralentir au profit de l'épargne.
Certaines entreprises
verraient qui plus est dans le contrat de mission une occasion
pratique d'embaucher des travailleurs étrangers
qu'ils pourraient sous-payer. Le gouvernement, sous prétexte
de développer l'emploi, tombera-t-il dans ce piège
grossier qui ne fera qu'augmenter le nombre de chômeurs ?
Le contrat de mission
n'est pas un élément
d'adaptation de l'économie, c'est l'organisation de
l'intermittence du travail, de la précarisation accrue
de l'individu, tout sauf un service à rendre à notre
société.
Michel LAMY, secrétaire national CFE-CGC |