Les partenaires sociaux des laboratoires Boiron ont signé un accord sur la création d’un « compte moments clés de la vie » (aidance, parentalité, fin de carrière…). Décryptage avec Bruno Gonin, délégué syndical central CFE-CGC.
Quelle est la genèse de cette négociation ?
Depuis 1984, il existait un accord de préparation à la retraite. Ce texte historique arrivait à son terme en 2025 et, en raison du rajeunissement des effectifs, il ne correspondait plus ni aux attentes des salariés, ni aux besoins de l’entreprise (environ 1 700 salariés). Il fallait ouvrir l’accord à davantage de salariés, ne plus se limiter aux plus anciens.
Comment les discussions se sont-elles déroulées avec la direction ?
La direction a d’abord mandaté un cabinet pour interroger les salariés sur leurs attentes. Les restitutions ont montré que les jeunes collègues souhaitaient disposer de temps dans leur vie immédiate, pas pour préparer leur retraite. La proposition initiale de l’entreprise était famélique. Mais les organisations syndicales ont bien bataillé. La CFE-CGC a par exemple obtenu que parmi les six facteurs déclencheurs de ce droit de prendre des jours d’absence, figure un congé personnel.
Concrètement, les salariés justifiant d’au moins trois ans d’ancienneté pourront acquérir chaque année jusqu’à cinq jours d’absence rémunérée, utilisables ultérieurement en fonction de leurs besoins. Nous avons aussi été très vigilants à ne pas dépouiller les salariés en fin de carrière au profit des autres motifs d’absence possible (congé personnel donc, handicap, aidance, parentalité et réalisation d’un projet personnel ou professionnel). Reste que les futurs retraités ont tout de même perdu 10 % de leur nombre de jours d’absence possibles.
Au-delà de cet accord, que l’entreprise présente comme innovant, le dialogue social est-il qualitatif ?
L’entreprise écoute beaucoup ce que les organisations syndicales ont à dire mais retient ce qui l’arrange ! Ici par exemple, l’enveloppe consacrée à cet accord est restée identique à celui de l’accord focalisé sur les seuls partants à la retraite. Alors, appliqué à un effectif plus conséquent, tous les salariés disposant d’au moins trois ans d’ancienneté, forcément, cela diminue les droits de chacun. Et voilà comment chaque item est assorti de conditions précises, qui restreignent les avantages consentis.
Quelles sont les limites de cet accord à vos yeux ?
Ce « compte moments clés de la vie » (CMCV) contient une clause qui stipule que tout salarié qui démissionne jusqu’à 1 an après avoir utilisé les jours de CMCV doit les rembourser. Et nous aurions aimé que les retraités conservent les mêmes droits que dans l’accord précédent. Je reconnais que notre entreprise, petit poucet dans la famille des sociétés du secteur pharmaceutique, ne dispose pas des mêmes marges financières que certains grands groupes de ce domaine d’activité mais elle aurait pu être plus ambitieuse.
Toutefois, d’autres sujets de négociation s’annoncent…
Nous allons notamment remanier les questions d’égalité professionnelle hommes-femmes. Certaines catégories sont encore pénalisées, en particulier dans l’encadrement. Et puis il existe des inquiétudes sur une partie des emplois, dans les établissements surtout, qui assurent la logistique de livraison des commandes : certains ferment leurs portes. Le déremboursement de l’homéopathie a singulièrement compliqué le contexte économique de l’entreprise et engendré des plans sociaux.
Propos recueillis par Sophie Massieu