Quels sont vos mandats syndicaux et pouvez-vous nous présenter l’entreprise Qare Santé ?
Délégué syndical CFE-CGC et secrétaire du comité social et économique (CSE) chez Qare Santé, je suis par ailleurs président du Syndicat national des médecins téléconsultants (SNMTC), créé cette année et premier syndicat dédié aux médecins exerçant en téléconsultation sous statut salarié, sachant que la grande majorité ont une activité principale à côté. Le SNMTC est un des cinq syndicats composant l’Union nationale des médecins salariés (UNMS), placée dans le giron de la fédération CFE-CGC Santé-Social.
Agréé par le ministère de la Santé, Qare Santé, qui emploie 2 000 médecins salariés en CDI intermittents (dont 250 en équivalents temps plein), est un des leaders de la téléconsultation en France. L’entreprise, qui était à la base une start-up française de télémédecine, est aujourd’hui la propriété du groupe britannique HealthHero (adossé au fonds d’investissement Marcol), qui se revendique comme le premier groupe européen de e-santé. Tous les médecins, dont moi-même, exercent à 100 % en télétravail, à temps partiel. C’est une activité complémentaire que nous exerçons à côté d’une activité principale, libérale ou salariée.
Comment la CFE-CGC a-t-elle pu obtenir 100 % des voix aux récentes élections professionnelles ?
Avec la carence de CSE dans cette nouvelle entité Qare Santé fondée en décembre 2024, l’UNMS a sollicité au printemps dernier la tenue d’élections professionnelles. Le protocole d’accord préélectoral (PAP) a été établi en mai puis les premières élections se sont tenues en juillet, à l’issue desquelles la CFE-CGC, seule organisation syndicale constituée, a obtenu 100 % des voix au premier comme au deuxième tour. Nous comptons donc 10 élus titulaires et 10 élus suppléants dans le premier CSE mis en place chez Qare Santé. Tout s’est fait très vite entre la création de la section, la constitution des listes et la campagne en ligne pour les élections, un exercice pas facile sans locaux syndicaux, sans affichage syndical et alors que tous les médecins salariés de l’entreprise, disséminés sur l’ensemble du territoire, exercent à 100 % en télétravail !
La direction a décidé de réduire la rémunération des médecins salariés. Comment avez-vous réagi ?
Face à cette décision unilatérale de l’employeur - sans consultation préalable des instances représentatives du personnel puisqu’il n’y avait alors pas de CSE -, qui abaisse de 30 % la rémunération des médecins, nous avons engagé un contentieux en référé aux prud'hommes avec une première audience organisée le 21 octobre dernier et un délibéré prévu le 30 novembre. Il faut comprendre que les médecins salariés chez Qare Santé sont en CDI intermittents, un contrat de travail atypique qui s’apparente à celui des intermittents du spectacle. Avec ce contrat, une clause stipule que nos rémunérations ne sont pas fixes mais indicatives et à la guise de l’employeur. Nous avons donc sollicité des avocats du travail pour dénoncer cette décision ainsi que ce contrat bancal et illégal à bien des égards.
Par ailleurs, nous ne relevons d’aucune convention collective et nos médecins dépendent donc directement du Code du Travail, ce qui peut poser certains problèmes (mutuelle, arrêts de travail…). C’est d’ailleurs une des grandes revendications que nous portons avec le SNMTC, à savoir doter d’une convention collective tous les salariés des plateformes de téléconsultation : Qare, Kry, Tessan, MédecinDirect.
En parallèle, un PSE est déployé chez Qare SAS. Qu’en est-il ?
Le plan social porte sur la deuxième entité de Qare, composée des développeurs de la plateforme, des équipes du service client, des ressources humaines, etc. L’équilibre économique des plateformes est assez difficile et la direction a engagé, de manière unilatérale, ce PSE prévoyant la suppression de 30 des 160 postes concernés.
Le dialogue social ne part pas spécialement sur de bonnes bases…
En effet, ce d’autant que les sujets sont nombreux. Outre le conflit social lié aux contrats et aux rémunérations - qui concerne au passage directement une bonne moité des élus CSE -, les premières négociations annuelles obligatoires (NAO) s’amorcent avec des discussions portant d’abord sur l’accord de méthode. Nos élus sont mobilisés !
Propos recueillis par Mathieu Bahuet