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Publié le 10 - 06 - 2026

    « Fierté et responsabilité »

    Élue le 10 juin à la présidence de la CFE-CGC lors du 39e congrès confédéral à Strasbourg, Christelle Thieffinne, ancienne secrétaire nationale à la protection sociale, fixe le cap de la nouvelle mandature et livre sa vision de l’action syndicale.

    C’est officiel, vous succédez comme attendu à François Hommeril à la présidence de la CFE-CGC. Quel est votre état d’esprit ?

    C’est à la fois une immense fierté et une très grande responsabilité. La CFE-CGC est l’organisation syndicale qui a le plus progressé lors des trois derniers cycles électoraux. C’est une voix forte et singulière dans le paysage syndical. Avec toutes nos structures et nos militants, nous représentons les personnels de l’encadrement - techniciens, agents de maîtrise, ingénieurs, cadres et agents de la fonction publique -, des populations qui occupent une place particulière dans les entreprises et les administrations, qui exercent au quotidien des responsabilités. Je mesure celles qui m’incombent désormais en tant que première porte-parole de l’organisation pour valoriser le travail accompli, au plus près du terrain et des réalités du travail, par les sections syndicales CFE-CGC.  

    Qu’est-ce qui vous a conduit à briguer la présidence confédérale ?

    Ma réflexion a mûri ces dernières années au sein de l’exécutif confédéral en qualité de secrétaire nationale à la protection sociale, un mandat qui m’a conduit, au nom de la CFE-CGC, à intervenir sur des dossiers majeurs comme les retraites. J’ai progressivement eu envie d’aller plus dans loin l’engagement syndical qui est le mien depuis plus de vingt ans. Cette ambition a été confortée par l’appui de ma fédération d’appartenance (Métallurgie) et lors de mes rencontres avec toutes les composantes de l’organisation : fédérations, syndicats, unions territoriales.

    Être en phase avec le terrain et les réalités du travail, partout où nos militants font vivre le dialogue social »

    Quelle vision du militantisme syndical souhaitez-vous incarner ?

    Je suis une fervente partisane d’un syndicalisme de proximité. Il est fondamental d’être en phase avec le terrain, partout où nos militants font vivre le dialogue social. J’ai constaté lors des grandes négociations nationales interprofessionnelles combien la CFE-CGC porte systématiquement, au plus haut niveau, ces réalités vécues dans les entreprises de tous les secteurs d’activité. Avec les nouvelles équipes confédérales, je veux porter auprès de tous nos interlocuteurs ces témoignages, ces analyses et cette expertise terrain qui caractérisent la CFE-CGC et ses militants dont la qualité est partout reconnue.

    Quelle a été votre trajectoire professionnelle et syndicale chez Thales et comment s’y est forgée votre vision de l’action syndicale ?

    Ingénieure en génie des systèmes industriels, j’ai effectué l’essentiel de ma carrière chez Thales AVS sur le site de Vendôme (Loir-et-Cher), où j’ai occupé des responsabilités techniques, de management d’ateliers et d’organisation industrielle. J’ai adhéré à la CFE-CGC en 2004, notamment en raison d’un manque de reconnaissance voire d’attaques envers les personnels de l’encadrement du site. J’ai rapidement pris des responsabilités et exercé divers mandats : déléguée du personnel, élue au comité d’entreprise et au comité central d’entreprise, déléguée syndicale puis déléguée syndicale centrale. Pour avoir beaucoup travaillé ces sujets lors de commissions, le handicap, l’inclusivité et l’égalité professionnelle ont toujours été quelques-uns des marqueurs forts dans mon parcours syndical.

    J’ajoute que je n’ai jamais été détachée à 100 % jusqu’à mon élection comme secrétaire nationale au congrès de Tours en 2023. Il me semble important d’avoir pu concilier, en bonne intelligence avec mes interlocuteurs dans un grand groupe comme Thales, mes missions professionnelles et syndicales. Cela n’a pas toujours été facile, notamment quand j’étais simultanément manageur de production et élu au CE. Toutes ces expériences m’ont beaucoup appris sur la négociation et sur ce que sont tous les enjeux d’organisation du travail.

    Poursuivre notre progression et faire de la CFE-CGC la troisième organisation syndicale du pays »

    Quels sont les grands axes de votre feuille de route ?

    Sur le terrain de la représentativité, j’ai l’ambition de continuer à faire progresser la CFE-CGC et d’en faire la troisième organisation syndicale du pays. Et d’être ainsi toujours plus influents, écoutés, entendus lors des grandes négociations interprofessionnelles entre partenaires sociaux et auprès des décideurs politiques dès lors qu’ils nous sollicitent. Les effectifs des populations de salariés que représente la CFE-CGC sont en progression dans les entreprises et il s’agit d’accompagner le mouvement, de répondre aux défis d’un monde du travail en transformation, de faire valoir nos revendications, de constamment tirer le débat vers le haut. Nous devons donc poursuivre nos efforts de développement syndical, consolider la présence de la CFE-CGC et l’implanter partout où cela est possible, faire monter en compétences nos militants, répondre aux besoins, partager les bonnes pratiques, outiller nos sections. La qualité de la formation syndicale est notamment une marque de fabrique de notre organisation.  

    Pour le reste, la CFE-CGC fera entendre sa voix sur tous les grands sujets sociaux-économiques relevant de ses prérogatives. Je pense notamment à tous les enjeux majeurs que sont l’industrie, la transition écologique, le partage de la valeur, notre modèle social, l’intelligence artificielle, la gouvernance d’entreprise, nos services publics et bien d’autres sujets sur lesquels il faudra faire preuve de courage.

    Vous êtes issue de la métallurgie, du secteur industriel. Comment créer les conditions d’une réindustrialisation avec des emplois pérennes ?

    Historiquement, l’industrie a toujours tiré un pays ou un territoire vers le haut. Ce sont des savoir-faire, des compétences, des enjeux de souveraineté économique, de R&D et bien sûr d’emploi. La CFE-CGC en appelle à mobiliser les leviers financiers, réglementaires et politiques afin de promouvoir une réindustrialisation socialement et écologiquement responsable.

    Je sens trop souvent nos décideurs démunis. Or il faut une volonté politique forte en la matière, une vision stratégique, une planification de toute la chaîne d'approvisionnement, comme cela a pu être fait à une époque pour la filière aéronautique. Cela passe aussi par des dispositifs d’aides aux entreprises mieux ciblés, conditionnés, transparents et mesurables en termes d’efficacité. Et enfin par l’attractivité des filières et des conditions de travail.

    La semaine de la qualité de vie et des conditions de travail au travail se tiendra justement dans quelques jours (15-19 juin). Comment la renforcer de manière effective en entreprise ?

    C’est un sujet de dialogue social dont s’emparent les mandatés syndicaux. Le management, les cultures managériales et l’organisation du travail sont au centre des enjeux. La CFE-CGC est également très vigilante en matière de prévention des risques psychosociaux sur lesquels il faut inlassablement interpeler les employeurs. Tous ces sujets sont d’ailleurs actuellement évoqués dans le cadre de la conférence travail, emploi, retraites (TER) à laquelle participent nos équipes et dont nous verrons bien ce qu’il peut en ressortir.

    La CFE-CGC s’attache toujours à apporter de la rationalité aux débats, aussi complexes soient-ils »

    Vous avez été en première ligne sur les retraites. Après la suspension de la réforme de 2023, quels sont les prochains enjeux ?

    Le sujet va revenir sur la table à l’occasion de la campagne présidentielle. Il faut espérer que certaines leçons auront été retenues et que les responsables politiques rompent enfin avec la défiance affichée envers la démocratie sociale. La CFE-CGC a toujours répondu présent pour mobiliser, éclairer les enjeux et formuler des propositions. Nous attendons aussi le prochain rapport du Conseil d'orientation des retraites (COR) qui doit préciser des paramètres démographiques et de projections à court et long terme. Nous sommes prêts à travailler sur un certain nombre de thèmes - les pensions des femmes, la retraite progressive, la gouvernance du système des retraites du secteur privé, etc. - mais il faut prendre le temps d’une véritable concertation.

    Où en est l’agenda social entre partenaires sociaux ?

    Il faut dire les choses : le dialogue social au niveau national interprofessionnel est plutôt à l’arrêt. Parmi les problématiques dont les organisations syndicales et patronales représentatives devraient s’emparer, je pense notamment au travail des jeunes dont la situation est préoccupante sur le marché de l’emploi. Il faut prendre ce sujet et celui de l’insertion professionnelle à bras-le-corps. Je suis aussi favorable à une négociation nationale interprofessionnelle en bonne et due forme sur l’intelligence artificielle et toutes ses implications dans le monde du travail, ce afin de poser un premier cadre.

    Trois des cinq organisations syndicales représentatives sont désormais dirigées par des femmes. Peut-on y voir une quelconque symbolique ?

    Cela dit quelque chose de l’évolution des effectifs syndicaux, de la place des femmes et de leur prise de responsabilités à tous les niveaux de la représentation collective. Mais cela ne doit pas masquer les progrès qu’il reste à accomplir dans un grand nombre de domaines.

    De grandes échéances nationales sont programmées au printemps 2027. Comment la CFE-CGC entend-elle contribuer au débat public ?

    Indépendante de tout parti politique, la CFE-CGC, comme à son habitude, sollicitera les différents candidats pour faire connaître ses grandes revendications, ses attentes, et porter la voix des salariés et des agents de la fonction publique. En restant dans son rôle, la CFE-CGC s’attache toujours à apporter de la rationalité aux débats, aussi complexes soient-ils.

    Quel message adressez-vous aux adhérents et aux militants CFE-CGC ?

    La force de la CFE-CGC pour négocier jusqu’au plus haut niveau conventionnel est aussi la résultante du travail remarquable accompli sur le terrain par nos équipes militantes et toutes nos structures. J’en serai le porte-voix à chaque occasion qui me sera donnée !

    Propos recueillis par Mathieu Bahuet et François Tassain