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Publié le 16 - 02 - 2026

    « Le handicap peut être un vecteur de développement syndical »

    La CFE-CGC, premier syndicat dans l’entreprise, a signé le 8e accord handicap du Crédit agricole. Son négociateur, Christophe Legois, par ailleurs délégué national confédéral, relève des mesures intéressantes dont le volume et la répartition des recrutements.

    Dans quel climat le 8e accord handicap du Crédit agricole a-t-il été négocié ?

    Bon. Après la pré-journée d’échange en juillet, quatre jours de négociation étaient prévus, un par mois, de septembre à décembre. Il n’a pas même été utile de maintenir la dernière. Les quatre organisations syndicales (CFE-CGC, CFDT, CFTC et FO) ont présenté des revendications communes. Et nous nous sommes mis d’accord avec la direction plus rapidement que prévu. La discussion était ouverte autour de ce premier accord non agréé (*). Le premier point positif tient donc à ce que malgré tout, le même niveau de financement ait été maintenu. Si l’enveloppe avait été réduite, le risque aurait été que des personnes se retrouvent en inaptitude ou en arrêt maladie.

    Nous avons décroché des mesures hors budget : aides à l’aménagement de véhicules personnels et aides à la couverture de frais, d’agence immobilière par exemple »

    Outre ce volet financier, quelles autres avancées notez-vous ?

    L’accord précédent était déjà bon. Toutefois, on peut se réjouir d’ajustements positifs. Ainsi des recrutements. Sur le plan quantitatif, le volume reste identique : 200 en trois ans. Mais nous avons obtenu un taux minimal de 3,5 % d’emploi sur chacun des métiers. Parce que nous avions constaté que certains n’accueillaient pas de salarié handicapé. D’autre part, nous avons décroché des mesures hors budget, comme des aides à l’aménagement de véhicules personnels ou des aides à la couverture de frais, d’agence immobilière par exemple, pour trouver un logement plus proche du lieu de travail. Quant au télétravail, les personnes en situation de handicap pourront bénéficier de plus de jours de travail à distance que ne le permet l’accord télétravail de leur filiale, si la médecine du travail le préconise.

    Sur le sujet des inaptitudes, nous allons étudier les situations de chaque filiale, pour comprendre pourquoi certaines prononcent davantage d’inaptitudes sans reclassement. Enfin, chantier typiquement bancaire, nous avons obtenu de travailler sur les conditions des assurances des prêts, qui représentent souvent un point épineux, avec des refus de couverture ou des surprimes, à l’encontre des personnes atteintes d’un handicap.

    Toutefois, l’accord ne saurait être parfait… Quels en sont les manques, selon vous ?

    Nous aimerions y incorporer des mesures en faveur des proches aidants. Et améliorer la prise en compte des handicaps psychiques et cognitifs, encore trop timide. Il nous reste du travail !

    Le handicap est un sujet consensuel de négociation. Iriez-vous jusqu’à dire que cela peut faciliter les discussions sur d’autres sujets qui le sont moins ?

    Non. D’abord, parce que les négociateurs de part et d’autre diffèrent. Ensuite parce que les organisations syndicales présentent sur certains sujets des revendications propres… Mais pour autant, en revanche, j’insiste : le handicap peut être un vecteur de développement syndical. Le taux de syndicalisation des personnes concernées est de 5 points supérieurs à la moyenne nationale, selon la Drees (direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques). Tous nos élus doivent s’emparer du sujet !

    J’invite tous nos élus à se saisir de tous les dossiers des salariés en situation de handicap »

    Dès lors, au-delà du secteur bancaire et de votre entreprise en particulier, comment la confédération CFE-CGC soutient-elle les négociateurs de tels accords handicap ?

    Nous proposons des formations dédiées. Et nous avons réalisé plusieurs guides (dont le dernier « Handicap au travail ») sur ces accords et les différents types de handicap. L’idée étant de permettre à nos militants syndicaux de disposer d’une bonne expertise sur le sujet. L’accompagnement humain des référents handicap dans les unions régionales, les fédérations et à la confédération représentent aussi de solides appuis qu’il convient de ne pas hésiter à solliciter. J’invite tous nos élus à se saisir de tous les dossiers des salariés en situation de handicap, aucune raison d’en avoir peur !

    (*) La loi de septembre 2018 sur la liberté de choisir son avenir professionnel a supprimé ces accords qui permettaient aux entreprises d’investir les sommes dues au titre des compensations en cas de non-respect du quota de 6 % de salariés handicapés en leur sein plutôt que de le verser à l’Agefiph (Association pour la gestion des fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées).

    Propos recueillis par Sophie Massieu