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Rentrée sociale : la CFE-CGC fixe ses priorités
Emploi des jeunes, IA, budget 2027 et PLFSS, transparence salariale, pouvoir d’achat, mobilisation dans la fonction publique… Présidente confédérale, Christelle Thieffinne passe en revue les grands dossiers de la rentrée sociale.
En cette rentrée sociale, quelles sont les priorités pour la CFE-CGC ?
Il faut faire vivre le dialogue social et redynamiser les négociations entre partenaires sociaux. En cette rentrée sociale particulière avec, en toile de fond, le début de la campagne présidentielle, les organisations syndicales et patronales représentatives doivent se remettre autour de la table et travailler avec responsabilité divers sujets importants pour notre pays, pour les salariés et pour les entreprises. En parallèle, outre la préparation en cours du budget 2027, nous serons très vigilants sur les travaux parlementaires qui débuteront fin septembre concernant le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2027. Je veux que la CFE-CGC soit écoutée et entendue par les pouvoirs publics, qui plus est dans ce contexte de campagne électorale où fleurissent chaque jour de nouvelles idées qui sont autant d’attaques en règle contre les salariés, en particulier ceux de l’encadrement.
Et dans les entreprises ?
Nos sections syndicales et nos militants vont faire face à plusieurs enjeux, notamment la préparation des Négociations annuelles obligatoires (NAO). Avec la reprise de l’inflation, la hausse des prix de l’énergie et du carburant, je pense et j’espère qu’une prise de conscience s’amorce quant à la nécessité d’augmenter les salaires dans les entreprises. La CFE-CGC reste mobilisée pour lutter contre le tassement des grilles salariales et nous militons pour un meilleur partage de la valeur, pour valoriser les compétences et la prise de responsabilités.
Négocier entre partenaires sociaux sur l’emploi des jeunes et sur l’intelligence artificielle »
Vous en appelez à une négociation nationale interprofessionnelle sur l’emploi des jeunes. Pour quelles raisons ?
Il y a urgence à s’emparer de ce sujet pour améliorer le taux d’emploi des jeunes dont la situation est très préoccupante, quel que soit le niveau d’études. Les entreprises ont tendance à ne plus vouloir former en interne de jeunes collaborateurs et veulent des profils immédiatement opérationnels. Alors que le marché de l’emploi est difficile, que beaucoup de jeunes sont sur le carreau et que les entreprises peinent à recruter des jeunes ingénieurs, les partenaires sociaux doivent ouvrir rapidement une négociation avec une lettre de cadrage de l’État pour mettre de la pression dans le système, poser des contraintes aux employeurs et ne surtout pas négocier des contrats au rabais. On pourrait par exemple imaginer qu’une partie des aides accordées aux entreprises soient conditionnées à des engagements sur l’embauche des jeunes. En développant les dispositifs de temps partiel, de retraite progressive et de mentorat auprès des salariés seniors, on peut aussi favoriser l’emploi des jeunes.
Et sur l’intelligence artificielle ?
La CFE-CGC appelle là aussi de ses vœux une négociation nationale interprofessionnelle afin de poser un premier diagnostic et cadre sur l’IA et toutes ses implications dans le monde du travail. On voit que des PSE sont en cours, que des emplois juniors disparaissent et sont remplacés par l’IA dans divers secteurs (banque, assurance, juridique, communication…). L’évolution technologique est très rapide : il est donc impératif d’établir un diagnostic sur la formation des salariés, sur la transformation des emplois et des tâches dévolues aux salariés, sur les usages parfois cachés de l’IA au sein des entreprises, sur la sécurité des données et sur tous les risques associés en termes de santé et de charge mentale. Il me semble aujourd’hui que tous les acteurs sont prêts à une négociation sur le sujet. Il n’y a plus qu’à !
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a invité cet été les partenaires sociaux à négocier sur les arrêts maladie. Y êtes-vous favorable ?
Oui s’il s’agit en particulier de parler de prévention, non s’il faut aborder la problématique sous le seul prisme des coûts et des économies. Les arrêts maladie ont explosé au moment du Covid et la tendance perdure ces dernières années, en particulier les arrêts pour longue maladie (plus de trois mois) et ceux liés à des motifs psychologiques. Il faut analyser ces phénomènes et voir comment on peut améliorer le volet prévention.
Améliorer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et l’égalité des chances dans le déroulement des carrières et les parcours professionnels »
Le projet de loi transposant la directive européenne sur la transparence salariale a enfin été présenté en Conseil des ministres le 10 septembre. Quelle est votre analyse ?
Tout ne nous satisfait pas dans ce projet de loi, loin de là, sachant déjà que la transposition devait initialement s’appliquer au 7 juin dernier. Le sujet fait l’objet d’un intense lobbying des organisations patronales, résolument hostiles à l’application de la directive. Pour la CFE-CGC, c’est un premier pas dans la porte. Il faut désormais avancer pour améliorer l’égalité salariale entre les femmes et les hommes et l’égalité des chances dans le déroulement des carrières et les parcours professionnels.
Les entreprises se tiennent-elles prêtes ?
C’est très variable selon les secteurs mais les entreprises sont plutôt en retard dans la préparation des aspects techniques. Pour avoir personnellement arpenté le terrain, certaines n’ont strictement rien anticipé, y compris parmi les plus grandes structures. S’il faudra voir ce que donnent les débats parlementaires puis les décrets d’application précis, les entreprises auront un gros travail à mener en termes de catégories de postes comparables et d’obligations de publication de divers indicateurs. Pour que cela se passe bien, il faudra dialoguer avec les organisations syndicales et les représentants du personnel en entreprise. Les employeurs y ont tout intérêt car ils craignent les contentieux.
Non aux attaques répétées contre les salariés à qui on veut faire les poches, en particulier les salariés de l’encadrement »
Le gouvernement est en pleine période d’arbitrage sur le budget 2027. Quelles sont vos craintes ?
Désindexation partielle des retraites, taxation de l’épargne salariale, taxation des héritages dès le premier euro, relèvement du plafond annuel des franchises médicales… Il y a des annonces et des propositions diverses et variées chaque jour ou presque. Ma principale crainte, ce sont les attaques répétées contre les salariés à qui on veut faire les poches, et particulièrement les salariés que la CFE-CGC représente : les techniciens, les agents de maîtrise, les cadres et les ingénieurs. Dans les discours, on entend beaucoup de velléités pour aller toucher au capital, aux rentiers et aux fortunes qui reposent beaucoup plus sur la spéculation que sur le travail. Mais dans les faits, quand on regarde ce qui est proposé, ce sont toujours les mêmes qui trinquent, ceux-là même qui, par leur travail, contribuent largement à financer le système et la solidarité intercatégorielle. Il faut dire stop et poser des limites.
Quid de la ponction envisagée, jusqu’à 2 milliards d’euros, dans les caisses de l'Unédic ?
Toutes les ponctions à l’encontre de l’Unédic mènent à une réduction des droits pour les demandeurs d’emploi. Or l’assurance chômage, comme son nom l’indique, est une assurance. L’Unédic, gérée par les partenaires sociaux, a d’ailleurs démontré l’utilité de son modèle assurantiel cet été lors des terribles incendies en Gironde et dans les Landes avec la mise en œuvre immédiate de l’activité partielle pour les entreprises dont les salariés ne pouvaient plus travailler. Laissons le régime d’assurance chômage remplir son rôle.
Cet été, la CFE-CGC et la CGT ont saisi la justice sur le gel de la valeur du point Agirc-Arrco (retraites complémentaires). La situation peut-elle se débloquer ?
Nous l’espérons. Après avoir constaté le blocage des organisations patronales (OP) ayant conduit au gel de la valeur du point Agirc-Arrco pour 2026, pénalisant 14 millions de retraités mais aussi 28 millions de salariés actifs dont les droits sont en cours de constitution, nous avons décidé de porter l’affaire en justice afin de préserver les intérêts des retraités actuels et futurs et une gestion paritaire du régime conforme à ses règles. Nous considérons en effet que par leur position, les administrateurs des OP ont empêché le conseil d’administration du régime d’appliquer les règles de pilotage mentionnées dans l’accord national interprofessionnel en vigueur. Il faut qui plus est rappeler que le régime de l’Agirc-Arrco se porte très bien avec des réserves de l’ordre de 90 milliards d’euros.
Défendre les agents de la fonction publique et les missions de service public »
Les organisations syndicales de la fonction publique, dont la CFE-CGC, appellent à une large mobilisation le mardi 29 septembre. Quels sont les enjeux ?
Il s’agit de défendre les agents, dont les rémunérations ont été durablement affaiblies par l'inflation et le gel de la valeur du point d’indice, leurs emplois et leurs conditions de travail dans les trois versants (État, territoriale et hospitalière) ; et de militer pour une meilleure reconnaissance au sens large de la fonction publique. L’actualité estivale - canicules à répétition, sécheresse, incendies - a rappelé la nécessité de renforcer la fonction publique et ses missions de service public. Je veux d’ailleurs ici remercier et saluer l'engagement remarquable de tous les agents et corps mobilisés, en premier lieu les sapeurs-pompiers, pour protéger les populations. Je serai sur le terrain pour cette mobilisation du 29 septembre, aux côtés de notre fédération des services publics.
Propos recueillis par Mathieu Bahuet et François Tassain