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Publié le 13 - 12 - 2022

    Salaires et conditions de travail : malaise chez General Electric

    Salaires en berne, charges de travail en hausse, explosion des burn-out et du turn-over des cadres : General Electric file un mauvais coton dans l’Hexagone. La CFE-CGC se mobilise.

    LE RAS-LE-BOL DES CADRES DE GENERAL ELECTRIC

    La CFE-CGC de General Electric France est mécontente et le fait savoir. Avec près de 200 élus CSE présents dans tous les business de l’entreprise américaine, sa voix devrait compter auprès de la direction. Mais la première organisation syndicale du conglomérat en France voit la situation se dégrader : « Les grilles de salaires des cadres évoluent moins vite que celles des ouvriers, regrette son représentant emblématique, Philippe Petitcolin. 50 % des ingénieurs et des cadres à Belfort gagnent moins d’une fois et demie le salaire d’un ouvrier. »

    Fustigeant « un tassement pas le bas », le délégué syndical CFE-CGC de GE accuse le groupe de donner priorité au remboursement de sa dette, d’investir dans les délocalisations, les paradis fiscaux, les rémunérations indécentes (le dirigeant mondial, Larry Cult, toucherait 3 000 fois le salaire médian dans le groupe). Et, a contrario, de mettre le frein à main sur la R&D et l’amélioration de l’attractivité de la marque employeur.

    UNE ENTREPRISE QUI N’ATTIRE PLUS LES TALENTS MAIS LES FAIT FUIR

    Résultat des courses : General Electric est devenue une entreprise où il ne fait pas bon vivre. Une entreprise « vieillissante » qui n’attire plus les talents mais les fait fuir. Plus d’un millier d’emplois ne seraient pas pourvus depuis des mois. Florent Karcher, délégué syndical CFE-CGC de GE Renewable Energy, cite l’exemple de l’éolien. « Cette énergie a un avenir radieux au niveau mondial. En France, à cause d’un petit trou d’air, GE licencie pour des raisons purement comptables et court-termistes. On voit se profiler une situation de surcharge de travail quand cela va repartir. Et les meilleurs ne seront plus chez nous. »

    Globalement, les cadres ont été les plus impactés par toutes les restructurations de General Electric France, alors que peu d’usines ont été touchées. « Massivement, les bureaux d’études ont été délocalisés en Inde », cite en exemple Philippe Petitcolin.

    Suivant les différentes entités (Healthcare, Gaz, Steam, Digital…), l’état d’avancement des négociations annuelles obligatoires (NAO) est différent mais la photographie d’ensemble est la même : une politique salariale qui ne couvrira pas l’inflation 2023 pour les cadres et les agents de maîtrise.

    Bouziane Belataris (CFE-CGC de GE Digital) « ne comprend pas pourquoi la direction veut remettre en cause notre accord d’intéressement alors qu’on parle de partage de la valeur… » De son côté, Claire Sucu (CFE-CGC de GE Renewable Energy) négocie un PSE qui toucherait 28 cadres sur 76, au sein d’un effectif total de 150 salariés. « La direction semble être à l’écoute, concède-t-elle, mais nous n’avons encore obtenu ni les montants ni les durées souhaitées. » Et tout est à l’avenant.

    Comment infléchir cette direction « qui ne répond plus à aucune pression », comme le dit Philippe Petitcolin ? Montrant ses muscles, la CFE-CGC a organisé une assemblée générale virtuelle des cadres et des agents de maîtrise de General Electric qui a connecté près de 600 salariés. Une réunion est aussi prévue ce lundi 12 décembre au niveau France « pour bâtir une stratégie qui aura forcément des répercussions médiatiques », explique le leader syndical.

    AGIR FACE AU COMPORTEMENT MULTI-CONDAMNABLE DE GE

    Pas de grève a priori, mais des actions pour faire parler du comportement multi-condamnable de GE, « industriellement (quand on n’investit plus dans l’avenir), socialement (quand on ne partage plus les richesses mais que seuls les hauts dirigeants s’accaparent le maximum), fiscalement (avec une évasion fiscale qui conduit à ce qu’il n’y ait pas de participation ou très peu de distribuée) »

    « Les populations que représente la CFE-CGC ne supportent plus la situation et ont envie d’agir pour que les choses changent », conclut Philippe Petitcolin.

    Gilles Lockhart