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Publié le 28 - 07 - 2020

    À Pôle Emploi, la crise laisse les managers essorés

    Par Suzie Petit, déléguée syndicale centrale (DSC) CFE-CGC au sein de Pôle Emploi, et déléguée nationale CFE-CGC

    CONFINEMENT : PILOTAGE NATIONAL ET « AUDIOS » AVEC LES DSC

    « Au moment du confinement, l’entreprise a tout de suite créé une cellule de crise nationale réunissant le directeur général et ses principaux bras droit : DRH, relations sociales, offres de service, informatique, responsables régionaux… Avec un parallélisme des formes dans chaque région pour que ce pilotage national soit décliné de façon homogène sur le terrain. En tant que DSC, nous étions tenus informés chaque semaine au cours de séances appelées les « Audios ». Par ailleurs, nous avons tous les numéros de téléphone des uns et des autres pour s’appeler ou échanger des SMS. On peut dire qu’il y a eu de la part de l’entreprise une information parfaite, aucun sujet là-dessus. »

    AGENCES FERMÉES MAIS VOLANTS DE COLLABORATEURS SUR PLACE

    « Le pilotage national n’empêche pas qu’il a fallu déployer une sacrée organisation ! Nos quelque 900 agences ont fermé au public et nos 55 000 salariés ont été mis en télétravail. Cela dit, quelques personnes, dont toujours un manager, se rendaient chaque jour sur chacun des sites pour traiter le courrier ou recevoir un demandeur d’emploi ayant un besoin urgent et ne pouvant pas communiquer à distance. Dans ce cas, l’échange se faisait par vidéo-portier ou à l’intérieur de l’agence en dernier recours. Notre priorité était l’actualisation des demandeurs d’emploi et le fait qu’ils puissent être indemnisés en fin de mois. Nous avions renoncé à l’actualisation automatique : celle-ci aurait pu entraîner le versement de trop perçus qui auraient risqué de déclencher toute une série de conséquences : difficultés pour les gens à rembourser ensuite, agressivité, stress… »

    « UN AGENT-UN PORTABLE » ET L’INFORMATIQUE SUIVRA !

    « Dès avant le confinement, notre entreprise s’était organisée pour arriver en fin d’année à la règle "un agent-un portable" : chaque agent va être doté d’un ordinateur portable qu’il pourra utiliser dans les différentes salles du site où il travaille, laisser sur place le soir ou emporter chez lui, connecter pour faire du télétravail éventuellement selon les règles de l’accord en vigueur à Pôle Emploi (et que nous allons renégocier bientôt à la lumière des leçons du confinement). Seulement, "un agent-un portable" ne veut pas dire "tout le monde connecté en même temps" ! Quand les 55 000 salariés se sont retrouvés chez eux, la montée en charge de l’informatique et du réseau a mis un peu de temps : au début, nous avons pu tourner à une dizaine de milliers de connexions simultanées pour arriver ensuite à 25-30 000 en régime de croisière. »

    DÉCONFINEMENT : UNE AFFAIRE DE SIGLES

    « Le Plan de Reprise de l’Activité-phase 1 (PRA 1) qui s’est ouvert le 11 mai a entraîné un gros travail de préparation pour le retour du personnel dans les sites et la remise en route de la machine de la réception physique, d’abord sur rendez-vous. Partout, sur place, il a fallu se demander combien on pouvait accueillir au maximum d’agents et de demandeurs d’emploi en fonction des règles sanitaires, comment traiter le courrier pour éviter les contamination manuportées, etc. Nos collègues ont eu une semaine, du 11 au 18 mai, pour s’approprier les nouveaux outils : vitres plexi, masques, visières pour ceux ou celles qui le souhaitaient. Fin juin, le PRA 2 a permis de rouvrir les portes des agences et de remettre en place des activités collectives avec des jauges maxi dans les salles de réunion. Quant au PRA 3 qui a fait l’objet d’une information-consultation au niveau du CSE Central du 9 juillet, il décline le deuxième plan de déconfinement du ministère du Travail sorti le 24 juin. »

    LA PÉRIODE VA LAISSER DES TRACES

    « Syndicalement, cela a été très lourd : ça n’a tout simplement pas arrêté pendant plus de trois mois. Il a fallu soutenir nos équipes locales, être constamment en relation avec la direction, gérer l’agressivité d’autres syndicats qui ont fait preuve d’une extrême violence et n’ont parfois réussi qu’à faire monter une espèce d’angoisse phénoménale dans l’entreprise, alors que l’employeur a tout fait pour protéger la santé de ses salariés. Je ne sais pas comment les autres DSC ont vécu la crise, mais j’ai eu des moments difficiles et c’est une période qui nous marquera tous. Je me demande s’il ne faudrait pas créer une sorte de « groupe des DSC », de tous ceux qui ont les mains dans le cambouis, pour échanger sur ce que nous avons vécu. Regarder aussi comment améliorer l’échange et l’accompagnement confédéral.

    Quant aux managers de proximité, les directeurs de sites, les animateurs de sites, ils ont été sur le pont du début à la fin. Ils sont aujourd’hui hyper fatigués physiquement et psychologiquement. Ils seront là au rendez-vous de septembre, mais il va y avoir un accompagnement énorme à faire auprès de ces salariés de la part de l’entreprise. »

    Propos recueillis par Gilles Lockhart