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Publié le 28 - 05 - 2026

    Alliance Police Nationale mobilisé pour la sécurité LGBTQI+

    Les 19 et 20 mai, le syndicat Alliance Police nationale, affilié à la CFE-CGC, organisait un colloque LGBTQI+ réunissant policiers nationaux, municipaux, agents pénitentiaires, avocat et représentants d'associations.

    À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie du 17 mai, Alliance Police nationale tenait ses deux jours de colloque avec des objectifs clairs : sensibiliser les forces de l'ordre aux réalités vécues par les personnes LGBTQ+, améliorer leur accueil dans les commissariats et renforcer la protection de ses collègues LGBTQI+.

    Car il y a beaucoup à faire. « Seulement 4 % des faits à caractère LGBTphobe sont portés à la connaissance des forces de l’ordre », rappelle Alain Parmentier, expert confédéral LGBT+, co-fondateur de l’association LGBT policière FLAG, co-auteur du guide LGBT+ de la CFE-CGC et président de l’EGPA (European LGBT Police association). Les raisons sont multiples : préjugés vis-à-vis des forces de l’ordre, situation administrative irrégulière, identité trans non reconnue, consommation de produits psychoactifs, mais aussi la crainte pour les victimes d’être elles-mêmes mises en cause plutôt que protégées.

    Seulement 4 % des faits à caractère lgbtphobe sont portés à la connaissance des forces de l’ordre » - Alain Parmentier

    Un engagement syndical qui se traduit dans les faits

    Alliance Police Nationale est le premier syndicat de policiers en France. Sa démarche LGBTQI+ n’est pas seulement symbolique : « Alliance est le seul syndicat à disposer d'une branche dédiée à ces sujets, qui organise des formations structurées au sein des commissariats de police pour sensibiliser les agents en formation aux LGBTphobies », souligne Pierre Picavet, président de FLAG. « On n'est pas là pour faire du prosélytisme, mais pour rappeler ce qui est interdit par la loi et l'appliquer. »

    Marie-Christine Caraty, présidente de la fédération des Services publics CFE-CGC, était présente pour rappeler le soutien de sa fédération. « Il existe malheureusement encore beaucoup d'homophobie dans la fonction publique. Beaucoup de gens se cachent ? car certaines générations ne tolèrent pas ces mouvements et sont capables de briser la carrière d’une personne LGBT. C'est pourquoi il est important que la fédération vienne en appui de n'importe quel syndicat sur le sujet : au niveau des RH de l'État, nous défendons l'égalité et sommes contre toutes les formes de discrimination. »

    Faire du commissariat un espace sûr : l'enjeu central

    Pour Alain Parmentier, l'ambition du colloque se résume en une phrase : « C'est dans l'ADN du commissariat d'être un safe space. Les commissariats doivent être des lieux où toute victime, quelle que soit son identité de genre ou sa situation personnelle, peut se présenter sans crainte d'être jugée ou mal accueillie. Que la victime soit en situation irrégulière, en cours de transition, ou consommatrice de produits psychoactifs, sa vulnérabilité ne remet pas en cause son statut de victime. D’autre part, il faut aider nos collègues à intégrer les évolutions sociétales, pour faciliter leur mission avec tous les citoyens. Et surtout permettre à tout policier, LGBTQI+ ou pas, d’avoir déroulement de carrière normal sans que la qualité d’être une personne LGBTQI+ ou pas, soit un frein. »

    « C'est dans l'ADN du commissariat d'être un safe space » - Alain Parmentier

    À la préfecture de police de Paris, existe un officier de liaison LGBT. En plus de former les policiers à la prise de plainte des citoyens LGBTQI+ et à l’amélioration des procédures, il est en contact avec les associations LGBTQI+ et sert de lien avec le milieu policier. « Elles ont confiance en lui, et orientent leurs membres vers lui en cas de problème. Sans lui, 80 % des personnes transgenres victimes ne seraient pas venues déposer plainte », explique Alain Parmentier. La multiplication de ce type d’officiers de liaisons est un des objectifs d’Alliance, car « si la communauté LGBT ne vient pas déposer plaintes par manque de confiance envers la police, nous passons à côté de tout un tas d’agressions », ce qui fait que des criminels passent entre les mailles du filet.

    Pour améliorer la formation des policiers, le colloque s'inspire directement d'un modèle éprouvé à l'échelle européenne [Monténégro, Albanie, Kosovo, Macédoine du Nord, Serbie] co-organisé par l'Association européenne des policiers LGBT (EGPA) depuis 10 ans. Le principe : réunir pendant deux jours des représentants des forces de l'ordre (police, défense, justice…) pour rappeler des fondamentaux communs et s'assurer que tous partagent les mêmes informations. Les participants sont confrontés à des scénarios divers et concrets, comme le contrôle d'identité d'une personne transgenre, l’audition d'une victime ou sa prise en charge en milieu carcéral. Les mises en situation servent à déterminer les bons réflexes à adopter, et expliquer pourquoi telle ou telle action doit être faite. Par exemple, « il est indispensable d'établir que le motif d’une agression est l'orientation sexuelle supposée des victimes lors de l'audition, non par intrusion, mais car celle-ci constitue une circonstance aggravante reconnue par la loi », explique Alain Parmentier.

    Des associations partenaires au cœur des réalités LGBTQI+

    C'est précisément pour ancrer cette culture de l'accueil que le colloque a réuni des associations partenaires, afin que les participants comprennent mieux les réalités quotidiennes des personnes LGBTQI+.

    Chems Pause est une association créée en 2024, spécialisée dans la prévention et la réduction des risques liés au chemsex (la consommation de produits psychoactifs dans un contexte sexuel). L'association a rappelé une réalité souvent méconnue : le chemsex cause un décès par semaine à Paris, et touche toutes les catégories socioprofessionnelles. Le message passé par l’association ? : « La consommation de drogue ne remet pas en cause le statut de victime d’une personne, tout comme une tenue vestimentaire ne justifie un viol », explique son fondateur Sébastien Quenu. Il a aussi rappelé l’existence du « stress minoritaire », c’est à dire, le fait que l’anxiété chronique liée au fait de devoir justifier son identité ou sa sexualité prédispose à l'addiction, et doit être prise en compte dans l'accompagnement des personnes concernées.

    La Fédération Sportive LGBT+ a été créée en décembre 1986. Reconnue d'utilité publique par le ministère des Sports, elle fédère aujourd'hui plus de 10 000 sportifs au sein de 50 associations sportives LGBT+. La fédération travaille sur l'inclusion des personnes trans dans le sport et participe à la lutte contre les violences et le harcèlement sexiste au sein des clubs « La LGBTphobie en club pousse de nombreuses personnes à abandonner toute pratique sportive. Les clubs LGBT+ offrent un espace où la convivialité prime sur la performance, sans restriction de niveau, de corpulence ou de statut, qui leur permet de continuer en toute sérénité leur passion ».

    L'association GARE ! a été créée en octobre 2000 au sein du groupe SNCF. Sa création fait suite à l'adoption du PACS, alors seul moyen pour les couples homosexuels de s'unir, qui n'était pas reconnu par l'Agence Paie Famille, privant ces couples de l'accès aux facilités de circulation internationales. Depuis, GARE ! a accompagné toutes les avancées sociétales au sein de l'entreprise : uniformes non genrés, reconnaissance des congés parentaux pour les parents d'enfants nés par GPA, formations à destination des personnels… y compris la police ferroviaire.

    Les Oublié·e·s de la Mémoire est une association civile du devoir de mémoire, reconnue par l'État et les institutions, qui œuvre depuis 2003 à la connaissance et à la reconnaissance de la déportation pour motif d'homosexualité en France et au-delà. « Nous avons constaté que dans les cérémonies commémoratives, les victimes déportées en raison de leur homosexualité restent largement absentes des discours officiels », note son président Jean-Baptiste Trieu. L'association mène des interventions éducatives, produit des expositions et des ouvrages retraçant ces persécutions, et milite pour que les corps armés (police, armée, gendarmerie) connaissent cette part sombre de leur histoire.

    Depuis 2012, Stop Homophobie tient une ligne d'écoute disponible 24h/24 et 7j/7 pour les personnes LGBTQI+ et leurs proches, et propose un accompagnement juridique, social et psychologique immédiat aux victimes de LGBTphobie. L'association publie également un rapport annuel sur les lgbtphobies et gère des structures d'hébergement pour les personnes LGBTQI+ en danger, et intervient en milieu scolaire et professionnel. Son association-sœur, Mousse, engage des poursuites judiciaires contre des personnalités publiques et institutions à l'origine d'actes lgbtphobes. Ensemble, elles accompagnent aussi les personnes LGBTQI+ étrangères ou réfugiées et accompagnent au quotidien les victimes fuyant leur pays d'origine en raison de leur orientation sexuelle.

    Enfin, référence de la lutte contre les LGBTphobies, SOS Homophobie était aussi présente. Cette association, fondée en 1994 et agréée par l'Éducation nationale, se distingue par l'ampleur de ses interventions en milieu scolaire et porte ses revendications jusqu'aux instances européennes et internationales comme l'ONU et le Conseil de l'Europe. Elle propose elle aussi une ligne d'écoute, un accompagnement juridique et publie un rapport annuel de référence sur l'état des lgbtphobies.

    Alliance Police Nationale espère voir le format se reproduire et s'étendre à d'autres territoires, afin que la confiance entre les communautés LGBTQI+ et les forces de l'ordre progresse concrètement, commissariat par commissariat.

    Preuve de l’implication continue de la Confédération sur ces questions, la CFE-CGC sera également présente lors de la Marche des Fiertés, le samedi 27 juin 2026.

    SIGNAL, la plateforme de signalement anonyme.
    Développée par FLAG, SIGNAL permet à tout agent de signaler de manière anonyme une situation de lgbtphobie ou de discrimination au sein d'un établissement. Un outil concret, complémentaire aux formations, pour faire remonter ce qui se passe sur le terrain.

    François Tassain