Une enquête du Syndicat National de la Banque et du Crédit (SNB/CFE-CGC) met en lumière la transformation des métiers bancaires sous l’effet de l’intelligence artificielle, les usages et craintes des salariés, et la nécessité d’un dialogue social transparent.
Comment est perçu le développement de l’intelligence artificielle par les personnels du secteur bancaire ? Une enquête dévoilée le 19 mars dernier par le Syndicat National de la Banque et du Crédit (SNB/CFE-CGC), réalisée auprès de 1 191 salariés, met en lumière leurs usages de l’IA au travail, leur perception des opportunités et des risques, ainsi que leurs attentes vis-à-vis de leur entreprise et du dialogue social.
DES USAGES PROFESSIONNELS BIEN ANCRÉS
Premier constat : l’IA transforme rapidement le secteur depuis déjà plusieurs années, impactant « concrètement les conditions de travail et interrogeant directement l’avenir des métiers, des compétences et de l’organisation du travail », souligne le SNB/CFE-CGC.
Les usages de l’IA générative sont bien ancrés : près de trois salariés sur quatre (73,5 %) indiquent utiliser des outils d’IA mis à disposition par leur entreprise, dont 25,8 % tous les jours et 30,7 % plusieurs fois par semaine. L’IA est majoritairement perçue comme un levier de performance : 62,9 % des salariés du secteur bancaire estiment que cette technologie améliore leur efficacité au travail.
DÉFICIT DE VISION STRATÉGIQUE ET MANQUE DE FORMATION
Toutefois, près des deux tiers des répondants « ne disposent pas d’une vision claire des orientations de leur entreprise » sur l’IA, « alimentant l’incompréhension, les inquiétudes, et le développement d’usages non encadrés ».
La problématique de la formation est particulièrement prégnante puisque 62,4 % des salariés n’ont bénéficié d’aucune formation spécifique à l’IA. « Ce décalage crée une situation paradoxale, les salariés étant incités à utiliser les outils d’IA sans disposer des compétences nécessaires pour le faire de manière sécurisée et maîtrisée », analyse le SNB/CFE-CGC.
MENACES SUR L’EMPLOI ET LES COMPÉTENCES
Autre enseignement majeur : une majorité des salariés du secteur bancaire (57,9 %) considèrent que le déploiement de l’IA menace directement leur poste ou leurs missions. Les principales inquiétudes portent sur la perte de compétences et d’expertise, la déshumanisation de la relation client, la réduction des effectifs, l’obligation de changer de métier ou d’entreprise, et les risques d’erreurs liés à l’automatisation des décisions.
Plébiscitant une IA responsable, transparente et encadrée, 92 % des répondants souhaitent par ailleurs que leur entreprise bancaire intègre les critères environnementaux dans le choix des solutions d’IA.
UN SUJET STRUCTURANT DE DIALOGUE SOCIAL EN ENTREPRISE
L’IA étant devenue « un sujet structurant de dialogue social dans le secteur bancaire », le SNB/CFE-CGC identifie trois priorités : la transparence des stratégies IA, le développement massif de la formation, et l’anticipation des impacts sur l’emploi et les parcours professionnels.
Au niveau revendicatif, le SNB/CFE-CGC, dont une enquête 2025 avait mis en lumière la montée alarmante des risques psychosociaux dans le secteur bancaire, milite en particulier pour l’ouverture de négociations sur l’IA dans les entreprises, et propose de garantir un droit à la formation en la matière.
En parallèle, le syndicat « s’engage à accompagner les salariés et ses représentants dans la compréhension de ces enjeux », en mobilisant notamment son club d’experts IA, en mettant en place des formations dédiées, et en produisant des analyses sur les impacts métiers et organisationnels de l’IA.
PUBLICATION D’UN GUIDE CFE-CGC SUR LES IA
Notons enfin, au niveau de la confédération CFE-CGC, la publication du guide des IA. Celui-ci en explore les enjeux pour les salariés, les agents publics et les élus du personnel, tout en mettant en avant des initiatives favorisant un dialogue social constructif et une IA au service de la confiance.
Mathieu Bahuet