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Publié le 18 - 02 - 2026

    Stellantis : la CFE-CGC opposée à un recul brutal sur le télétravail

    Après avoir longtemps développé le dispositif, le constructeur automobile souhaite massivement faire revenir ses salariés en présentiel. Par la voix de son délégué syndical central Laurent Oechsel, la CFE-CGC en appelle à une vraie négociation.

    Dans la foulée du nouveau plan stratégique « Reset », la direction de Stellantis vient d’annoncer le projet « Back together we win », visant à largement réduire le télétravail. Qu’en est-il ?

    Sous le label « Reset », la direction exerce son droit d’inventaire avec 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles pour redresser la trajectoire du groupe et mettre fin à la stratégie du tout électrique. Ce chiffre record révèle le coût d’une stratégie court-termiste lors des années de résultats exceptionnels mal partagés, sans investissements ni embauches. La CFE-CGC déplore un réveil tardif face aux dérives des politiques de réduction de coûts depuis l’ère Carlos Tavares. En sacrifiant des milliers d’ingénieurs et de techniciens pour une rentabilité immédiate, ces choix ont affaibli l’innovation, dégradé la qualité et fragilisé le socle industriel.

    S’agissant du revirement brutal sur le télétravail, l’annonce met à mal dix ans de politique pionnière en matière d'agilité, et génère beaucoup d’inquiétudes. La CFE-CGC s’oppose au projet « Back together » qui imposerait un retour massif sur site aux 8 500 salariés (sur environ 37 000 en France) bénéficiant du dispositif (8 à 15 jours de télétravail selon les sites). Pour la CFE-CGC, la direction tente de forcer un moteur agile 2026 dans une carrosserie vintage 2010. Or, forcer le montage sans adapter la structure (les sites) et sans ménager la mécanique (les salariés) conduirait à une « casse moteur » sociale.

    Il est impératif de négocier et d’aborder l'ensemble des problématiques induites par ce revirement brutal sur le télétravail »

    Quelle logique fait valoir la direction ?

    Chez Stellantis, le télétravail s’est structuré depuis 2014. La CFE-CGC a accompagné ces évolutions avec une position équilibrée pour développer le travail hybride en conciliant le lien social et les attentes des salariés. Puis on a vu des sociétés américaines comme Google revenir en arrière sur le télétravail. La vague US arrive en Europe et Stellantis a annoncé en comité social et économique central (CSEC) sa volonté d’un retour progressif à 3 puis 4 jours en présentiel. Mais on comprend bien que l’objectif d’Antonio Filosa (ndlr : directeur général de Stellantis depuis mai 2025 et successeur de Carlos Tavares) est un retour, à terme, à 100 % en présentiel.

    La CFE-CGC n’est pas dogmatique sur les enjeux d’organisation du travail mais il est impératif de négocier et d’aborder toutes les problématiques que posent ce revirement brutal. Il faut rappeler que Stellantis avait poussé fort, après la crise Covid, en faveur de 15 jours de télétravail pour réaliser de substantielles économies de locaux au mètre carré.

    Comment se mobilise la CFE-CGC, première organisation syndicale chez Stellantis ?

    Face à ce projet, nos équipes militantes interpellent la direction nationale pour des négociations immédiates et une information-consultation en CSEC. Nos élus locaux sollicitent les 17 directions d’établissements pour des aménagements indispensables (parkings, espaces de travail, restauration). Nous alertons sans relâche les services RH sur les risques psychosociaux (RPS) : stress lié aux temps de transport accrus, déséquilibre entre vie professionnelle et vie personnelle, dégradation des conditions de travail sur des sites sous-dimensionnés, etc.

    Par ailleurs, nous avons lancé un sondage auprès des salariés et de nos équipes syndicales dans les 17 établissements Stellantis en France. Ce afin de mesurer leurs attentes et de bâtir une feuille de route pour négocier.

    Quelles seront vos revendications ?

    La CFE-CGC en appelle à l’ouverture immédiate d’une négociation pour un avenant télétravail actualisé garantissant un cadre juridique contre toute réversibilité unilatérale. Il s’agit de garantir un socle de jours télétravaillables par semaine pour tous les métiers compatibles. Pour aménager les locaux, il faut un audit des investissements nécessaires sur chaque site. En local, nous serons très vigilants à la prévention des RPS et des aménagements obligatoires pour les aidants familiaux, les personnes en situation de handicap et les salariés éloignés à la suite de restructurations passées. En résumé, la CFE-CGC exige une transparence totale sur le projet et une négociation en bonne et due forme.

    Qu’en est-il de l’approche managériale ? 

    Le management du télétravail doit reposer sur la confiance et l’autonomie, non sur un contrôle accru justifiant un retour forcé au présentiel. Nous défendons un encadrement managérial adapté en formant les manageurs à l’évaluation des résultats plutôt qu’à la présence physique, ce afin de préserver l’agilité et la motivation des équipes.

    Pour tenir compte de la future transposition de la directive européenne sur la transparence salariale, la CFE-CGC a proposé et obtenu une enveloppe budgétaire dédiée »

    Autre gros dossier en cours : les négociations annuelles obligatoires (NAO). Où en est-on ?

    Elles se sont globalement bien déroulées malgré un contexte tendu pour la filière automobile, marqué par les décisions de l’Union européenne et leurs conséquences sur l’emploi. Dans ce cadre de gestion du changement, la CFE-CGC a souligné le rôle crucial des ingénieurs et des techniciens pour réussir la transformation du secteur. La CFE-CGC a rappelé que les augmentations de salaires sont la seule garantie pour protéger le pouvoir d’achat et rétablir un partage plus juste de la richesse dans l’entreprise. Au terme de 5 rounds de négociation, nous avons obtenu 1,9 % d’augmentation générale alors que la proposition initiale de la direction était de 0,9 %.

    Pour tenir compte de la future transposition en France de la directive européenne sur la transparence salariale, la CFE-CGC a proposé, dans une déclaration officielle, la mise en place d’une enveloppe spécifique. Cette proposition, travaillée avec l’appui de Jean-François Foucard (secrétaire national CFE-CGC aux parcours professionnels) et de Christelle Toillon (déléguée nationale CFE-CGC à l’égalité professionnelle), a été saluée par la direction avec, à la clé, une enveloppe de 0,2 % s’ajoutant à celle des 1,9 %. Avec cette mesure proactive, la CFE-CGC Stellantis, convaincue que la transparence salariale se construit dès aujourd’hui, a joué un rôle de précurseur.

    Êtes-vous optimiste sur la signature de cet accord NAO ?

    Dans une période économique qui reste compliquée et avec une inflation retombée à 0,7 %, cette enveloppe de 2,1 % au terme des NAO est plutôt positive. Nous consultons ces jours-ci nos sections. Les retours étant positifs, il est probable que la CFE-CGC en soit signataire et que l’accord emporte l’adhésion majoritaire des organisations syndicales représentatives de l’entreprise.

    Propos recueillis par Mathieu Bahuet